Accusée de sorcellerie pour un bâton de manioc, elle passe trois semaines en prison avant d’être innocentée

Accusée de sorcellerie pour un bâton de manioc, elle passe trois semaines en prison avant d’être innocentée

À Lébamba, une affaire mêlant croyances populaires, justice et atteinte à la réputation a récemment tenu en haleine l’opinion publique. Après plus de trois semaines passées en détention provisoire, Valentine Ngombo, commerçante spécialisée dans la vente de manioc depuis près de quinze ans, a finalement été relaxée par le Tribunal de première instance de Mouila.

Une décision qui remet au centre du débat la délicate question des accusations de sorcellerie et de leur traitement dans un État de droit.

Une découverte qui déclenche une procédure judiciaire

L’affaire débute lorsqu’une employée de maison affirme avoir découvert dans un bâton de manioc acheté auprès de la commerçante une substance suspecte assimilée à de la matière fécale. Très vite, les soupçons se propagent et la situation prend une tournure judiciaire.

Une plainte est déposée et une enquête est ouverte. Valentine Ngombo est alors placée en détention provisoire à la prison de Mouila, dans l’attente de son jugement. Une situation particulièrement éprouvante pour cette vendeuse dont l’activité commerciale constituait la principale source de revenus.

La justice privilégie les faits aux suppositions

Lors de l’examen du dossier, le Tribunal de première instance de Mouila a analysé les éléments présentés par les différentes parties. Malgré les réquisitions du ministère public, qui demandait une peine de cinq ans d’emprisonnement dont deux ans ferme, assortie d’une amende et d’une interdiction temporaire d’exercer toute activité commerciale, les juges ont estimé que les preuves étaient insuffisantes pour établir les faits reprochés.

La juridiction a ainsi prononcé la relaxe pure et simple de Valentine Ngombo.

Par cette décision, la justice gabonaise a rappelé un principe fondamental : la culpabilité ne peut être établie sur la base de soupçons, de rumeurs ou de croyances, mais uniquement sur des faits démontrés et légalement prouvés.

Un débat plus large sur les accusations de sorcellerie

Au-delà du cas individuel de Valentine Ngombo, cette affaire met en lumière une réalité encore présente dans plusieurs localités du Gabon. Les accusations de sorcellerie continuent parfois d’alimenter des conflits sociaux, des dénonciations publiques et des procédures pouvant avoir des conséquences importantes sur la vie des personnes concernées.

Pour plusieurs observateurs, cette décision judiciaire constitue un signal fort en faveur du respect des garanties fondamentales et de la présomption d’innocence. Elle rappelle également la nécessité de distinguer les croyances personnelles du traitement judiciaire des affaires.

Une liberté retrouvée, mais une réputation à reconstruire

Si Valentine Ngombo a retrouvé sa liberté le 4 juin 2026, les conséquences de cette affaire pourraient se faire sentir bien au-delà du verdict. Après plusieurs semaines d’incarcération et une exposition médiatique importante, la commerçante devra désormais reconstruire son activité et regagner la confiance d’une clientèle marquée par cette affaire.

Une épreuve qui soulève une question essentielle : comment réparer les dommages causés lorsqu’une accusation non prouvée bouleverse durablement la vie d’un citoyen ?

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