
BEAC–FMI : Yaoundé au cœur d’une offensive stratégique pour muscler l’expertise financière en CEMAC
Le 13 février 2026, au siège de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) à Yaoundé, le Gouverneur Yvon Sana Bangui a reçu Mesmin Koulet-Vickot, Directeur de l’AFRITAC Centre, structure régionale d’assistance technique du Fonds monétaire international (FMI) pour l’Afrique centrale. Une rencontre à haute portée stratégique, inscrite dans la dynamique du Plan stratégique BEAC 2026-2030, qui place le renforcement du capital humain et l’expertise technique au centre de la modernisation de l’institution monétaire commune aux six États de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale.
Cette audience illustre une orientation claire : faire de la compétence locale un levier de souveraineté financière régionale. Dans un contexte marqué par la pression sur les finances publiques, la transformation numérique des systèmes bancaires et l’émergence de nouveaux risques globaux, la montée en puissance des capacités techniques apparaît comme une priorité stratégique.
Au cœur des échanges, un objectif structurant : former une nouvelle génération d’experts financiers capables d’accompagner les mutations économiques et technologiques en cours dans la sous-région. Les domaines identifiés traduisent l’ampleur de l’ambition. Supervision bancaire et régulation financière, soutenabilité de la dette publique, gestion des finances publiques, fintech et cryptomonnaies, cybersécurité financière, modélisation macroéconomique, intelligence artificielle, lutte contre le blanchiment des capitaux : autant de chantiers qui dessinent les contours d’un écosystème financier modernisé et résilient.
Pour le Gouverneur Yvon Sana Bangui, il s’agit de doter la CEMAC de compétences endogènes solides afin de réduire la dépendance à l’expertise extérieure et de consolider durablement la stabilité financière régionale. L’enjeu dépasse la simple formation technique : il touche à la capacité des États membres à anticiper les chocs, à encadrer l’innovation financière et à sécuriser la trajectoire macroéconomique commune.
La coopération avec AFRITAC Centre s’inscrit dans cette logique de transfert de savoir-faire et d’accompagnement institutionnel. Le Directeur Mesmin Koulet-Vickot a salué la vision portée par la BEAC et réaffirmé la disponibilité du FMI pour soutenir ces initiatives à travers son expertise technique. Ce partenariat renforce l’ancrage international de la stratégie de la banque centrale, tout en consolidant son autonomie opérationnelle.
Le Gouverneur a également mis en avant des partenariats académiques structurants, notamment avec l’Institut Sous-régional de Statistique et d’Économie Appliquée, qui a permis le lancement d’un programme d’immersion professionnelle au profit des ingénieurs statisticiens économistes. La BEAC envisage en parallèle la mise en place de programmes en alternance avec les universités de la sous-région, ainsi que la création à terme d’un organisme de formation de référence à vocation régionale et internationale. L’ambition est claire : positionner la CEMAC comme un pôle d’excellence en matière de formation financière et monétaire.
Au-delà de la coopération institutionnelle, cette rencontre traduit une conviction stratégique : investir dans l’intelligence économique et financière constitue désormais un impératif de souveraineté. Face aux défis liés à l’endettement, à la digitalisation accélérée des systèmes financiers et aux risques transnationaux, la consolidation des compétences internes devient un outil de stabilité et d’influence.
À Yaoundé, le message est sans ambiguïté : la solidité de la monnaie et la crédibilité des politiques financières de la CEMAC dépendront autant des réformes structurelles que de la qualité des femmes et des hommes chargés de les mettre en œuvre. En plaçant la formation au cœur de son Plan stratégique 2026-2030, la BEAC engage ainsi une bataille de long terme : celle du capital humain comme fondement de la souveraineté monétaire régionale.

