Drogues dures : le fléau qui ronge nos adolescents

Drogues dures : le fléau qui ronge nos adolescents

 

Au Gabon, la consommation de substances dures chez les jeunes prend une tournure inquiétante. Entre déscolarisation, violences, troubles mentaux et dépressions, les signaux d’alerte se multiplient. Que faire face à cette bombe sociale à retardement ?

Libreville – Ils ont entre 13 et 18 ans. Ils devraient être en salle de classe, dans une salle de sport ou dans leur quartier avec des rêves plein la tête. Mais à la place, certains sombrent dans un monde d’addictions. Tramadol, crack, cocaïne, cannabis chimique… Ces substances circulent désormais dans les cours d’école, les terrains vagues, et les boîtes de nuit. Les adolescents gabonais ne sont plus épargnés par ce fléau.

Longtemps tabou, la réalité s’impose aujourd’hui aux familles, aux enseignants, aux autorités. « Le plus grave, c’est que ces jeunes consomment sans vraiment comprendre ce qu’ils prennent. Ils mélangent alcool, cachets, fumée… et le résultat est tragique », s’inquiète un encadreur scolaire d’un établissement de la périphérie de Libreville.

Les réseaux sociaux jouent également un rôle pernicieux. Des vidéos banalisant, voire glorifiant, la prise de drogue circulent librement sur TikTok, Snapchat ou Instagram, exposant les jeunes à des comportements à risque sans filtre.

Au-delà de la simple influence de groupe, plusieurs facteurs structurels alimentent cette spirale : précarité, manque d’occupation, violences intrafamiliales, faible accès aux soins psychologiques, perte de repères sociaux. Autant de failles dans lesquelles les drogues s’infiltrent.

« Il faut comprendre que la consommation est souvent un refuge. Beaucoup de ces jeunes fuient quelque chose : une douleur, une pression, un vide. » analyse un psychologue en milieu hospitalier.

Le constat est alarmant. On observe :

Des cas de psychoses aigües chez des adolescents de moins de 16 ans.

Une augmentation des tentatives de suicide.

Un taux de déscolarisation élevé dans les zones à forte consommation.

L’apparition de réseaux de vente intégrés à des bandes de jeunes.

Dans les hôpitaux, les services d’urgence psychiatrique enregistrent des admissions de plus en plus fréquentes de mineurs. Mais l’offre de soins spécialisée pour les jeunes toxicomanes reste limitée au Gabon.

Des initiatives pilotes d’éducation à la prévention sont en cours dans certains établissements scolaires de Libreville et d’Owendo, en partenariat avec des ONG.

Vers une stratégie multisectorielle ?

Les spécialistes s’accordent : il faut une approche globale. Cela inclut :

– Une sensibilisation renforcée dans les écoles et médias.

– La mise en place de structures d’écoute et de désintoxication pour mineurs.

– Le renforcement de la législation contre les trafiquants ciblant les jeunes.

– L’implication des parents, églises, artistes, et influenceurs dans une campagne nationale de lutte.

Loin d’être un phénomène marginal, la consommation de drogues dures chez les adolescents gabonais est un enjeu de société majeur. Les familles, les institutions et la société civile doivent se lever d’une seule voix pour offrir à cette jeunesse une alternative crédible au piège de l’addiction. Car derrière chaque jeune en souffrance, c’est une partie de l’avenir du pays qui vacille.

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