
Police judiciaire : le parquet de Libreville reprend la main et affirme l’autorité de l’État de droit
Libreville, 2026 – En se rendant physiquement dans les commissariats et services d’enquête de Libreville, le Procureur de la République, Dick Fabrice Boungou Mikolo, envoie un signal fort : la police judiciaire agit sous l’autorité du parquet. Cette initiative marque une reprise en main institutionnelle, alors que le rapport Police–Justice au Gabon a longtemps été critiqué pour des abus de procédure et une opacité des enquêtes.
Sous une pluie tropicale puis un soleil franc, les magistrats du parquet ont quitté leurs bureaux pour rencontrer les officiers de police judiciaire (OPJ). Commissariats de Belle-Vue 2 et Sogatol, Direction générale des Recherches, Brigade Sud : cette tournée n’était pas anodine. Elle rompt avec la pratique d’un parquet perçu comme distant, cantonné aux prétoires et peu présent dans l’action quotidienne des services enquêteurs.
Au-delà du geste symbolique, le message est politique : l’autorité judiciaire entend redevenir visible, audible et pleinement opérationnelle. Dans un contexte où les citoyens dénoncent régulièrement détentions arbitraires et procédures opaques, cette descente sur le terrain sonne comme une volonté de reconquête de crédibilité.
Le Procureur a rappelé avec force un principe juridique central : la police judiciaire est placée sous la direction du Procureur de la République. En citant l’article 20 du Code de procédure pénale, il a souligné qu’aucune enquête ne peut démarrer sans que le parquet en soit informé. Si l’initiative policière reste possible, l’improvisation judiciaire ne l’est pas. Ce rappel ferme vise à mettre fin à l’autonomie de fait de certains services, dont les enquêtes commençaient parfois sans information préalable, fragilisant la chaîne pénale.
Le message implicite est clair : les OPJ ne sont pas des acteurs indépendants, mais des auxiliaires de justice sous une direction unique. « Le parquet n’est pas une tour d’ivoire », a insisté le Procureur, revendiquant un partenariat opérationnel fondé sur la hiérarchie et le respect des textes. Cette clarification pourrait rebattre les cartes dans les rapports Police–Justice, longtemps marqués par des pratiques hétérogènes et parfois contestées par les avocats et organisations de défense des droits humains.
En se positionnant comme point d’entrée obligatoire de toute enquête, le parquet entend redevenir le centre de gravité de l’action pénale : contrôle des gardes à vue, respect des délais légaux, protection des droits fondamentaux. Le Procureur a rappelé que toute violation des règles engage la responsabilité personnelle de l’agent.
Cette reprise en main institutionnelle ouvre une nouvelle séquence dans l’équilibre Police–Justice au Gabon. Reste à savoir si la pédagogie du parquet produira des effets durables sur le terrain. Pour les observateurs, l’enjeu est majeur : restaurer l’autorité de la loi sans fragiliser l’efficacité des enquêtes.
En sortant des bureaux, le parquet de Libreville affirme une chose essentielle : l’État de droit ne se décrète pas, il s’exerce. Et il commence par le respect strict de la hiérarchie judiciaire.

