
Silence radio de la présidence et du gouvernement : quand l’Angola informe à la place du Gabon
Libreville, le 19 mai 2025 – Par notre rédaction
Alors que la justice gabonaise a récemment édifié les populations sur la situation judiciaire de la famille Bongo, en rappelant que les poursuites engagées contre Sylvia Bongo et son fils Noureddin restent ouvertes, c’est dans un silence assourdissant que la présidence gabonaise et son gouvernement observent le départ de l’ancien président Ali Bongo Ondimba en Angola. Un exil plus commenté à Luanda qu’à Libreville.
Depuis l’annonce surprise du départ de l’ex-président vers l’Angola, aucune déclaration officielle n’a été faite par les autorités gabonaises. Ni le porte-parole du gouvernement, ni le ministre des Affaires étrangères, encore moins la Présidence de la République, n’ont pris la peine d’expliquer aux Gabonais les tenants et les aboutissants de ce transfert inattendu. Une attitude qui contraste fortement avec l’activisme médiatique des autorités angolaises, qui, elles, ont annoncé publiquement accueillir la famille Bongo « pour des raisons humanitaires ».
Interrogé dans une émission diffusée sur Gabon Télévisions, Me Moumbembe, l’un des conseils juridiques de la famille Bongo, a catégoriquement rejeté l’idée d’une quelconque poursuite judiciaire à l’avenir.
« Monsieur Ali Bongo ne sera jamais poursuivi. Il n’a été ni inculpé, ni entendu. Quant à son épouse et son fils, leur état de santé justifie leur départ, et non une fuite. »
a-t-il déclaré d’un ton tranchant, jetant un froid sur les affirmations du parquet général, formulées quelques jours plus tôt.
Luanda, nouveau centre de la communication présidentielle ?
Mais ce qui interroge davantage, c’est que l’information sur l’exil d’Ali Bongo a d’abord été relayée par les canaux officiels angolais, notamment via un communiqué du Palais présidentiel à Luanda, puis amplifiée par la presse angolaise. Comment expliquer que la diplomatie gabonaise ait été tenue à l’écart – ou pire, réduite au silence – sur un événement aussi symbolique que le départ de l’ancien chef d’État ?
Selon un politologue de l’Université de Kinshasa,
« ce mutisme n’est pas anodin. Il traduit soit une gêne au sommet de l’État, soit une faiblesse structurelle dans la gestion de la communication gouvernementale post-transition. En d’autres termes, le pouvoir semble avoir perdu la main sur le récit national. »
Cette absence de discours officiel sur un sujet aussi majeur renforce le sentiment d’une diplomatie gabonaise désarticulée.
« Si ce n’est pas Luanda qui informe les Gabonais, c’est Paris qui exprime sa satisfaction, ou l’Union africaine qui réclame des garanties. Pendant ce temps, Libreville observe, s’efface, ou se tait »,
déplore un activiste gabonais.
Pour de nombreux Gabonais, ce silence devient une forme d’insulte. Après des mois d’incertitude, le départ d’Ali Bongo devrait ouvrir une nouvelle page de l’histoire nationale. Encore faudrait-il que cette page soit lue à haute voix par ceux censés écrire l’avenir.

