
Derrière l’Assemblée : bulldozers contre baraques, le choc des priorités
Ce quartier, situé en plein cœur administratif de Libreville, est aujourd’hui le théâtre d’un bras de fer entre l’État gabonais et ses occupants. En cause : la récupération d’un domaine public déclaré d’utilité publique, dans le but d’y construire la future Cité administrative de l’État.
Le projet de Cité administrative répond à une volonté gouvernementale claire : regrouper les services publics dans un seul espace fonctionnel afin de réduire les frais de loyers. Actuellement, l’État dépenserait près de 22 milliards de FCFA par an pour loger ses administrations. La Plaine Orety, à proximité immédiate de l’Assemblée nationale, semble avoir été identifiée comme un emplacement stratégique pour cet ambitieux projet.
Mais si l’État avance ses pions, les habitants, eux, dénoncent un traitement injuste. Aucune indemnisation reçue, des promesses de relogement jamais concrétisées, un recensement resté lettre morte depuis 2014… autant de griefs exprimés par les résidents, certains installés depuis des décennies sur ce domaine. Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’un déguerpissement, mais d’un déracinement brutal sans dialogue ni alternative.
Afin d’éviter une évacuation autoritaire, les autorités ont engagé une procédure légale. Les habitants concernés ont été convoqués au tribunal de Libreville le 29 août 2024, une démarche visant à formaliser le processus tout en leur laissant la possibilité de faire valoir leurs droits.
Si la volonté de moderniser l’administration gabonaise est légitime, la manière de procéder soulève des questions. Comment concilier efficacité étatique et justice sociale ? Comment construire une capitale moderne sans sacrifier la dignité de ceux qui y vivent déjà ? Des voix s’élèvent pour réclamer un plan d’accompagnement clair, transparent et humain, comprenant relogement, compensation et dialogue sincère avec les communautés concernées.

