Kongossa sous surveillance : quand les potins deviennent passibles de poursuites au Gabon

Kongossa sous surveillance : quand les potins deviennent passibles de poursuites au Gabon

 

Libreville – Longtemps toléré, banalisé, et même considéré comme un sport national, le kongossa, cette forme de commérage omniprésente dans les rues, les quartiers et surtout sur les réseaux sociaux, vient de franchir un cap au Gabon : il est désormais réprimé par la loi. Une décision qui soulève autant d’interrogations que de réactions.

La loi tape du poing sur les langues trop longues
Désormais inscrit dans le Code pénal gabonais, la propagation de rumeurs malveillantes, la diffamation verbale ou numérique, ainsi que les atteintes à la vie privée peuvent être poursuivies en justice. Ce virage juridique entend protéger les citoyens contre les humiliations publiques, les lynchages numériques, et les « buzz » destructeurs.

Exit les groupes WhatsApp où l’on fait tourner des audios humiliants. Finies les conversations Facebook où on salit la réputation des autres sans preuve. Le message est clair : le commérage n’est plus anodin.

Le Kongossa : tradition sociale ou arme moderne ?
Le kongossa, dans son essence, fait partie du tissu culturel gabonais. C’est souvent un moment de sociabilité, de partage… mais aussi d’intox, de jugements hâtifs et de violences verbales cachées sous des rires.

À l’ère des réseaux sociaux, cette pratique a pris une ampleur inquiétante. Une rumeur lancée dans un groupe privé peut aujourd’hui ruiner une carrière, briser un couple, ou pousser à la dépression. Cette réalité pousse l’État à agir, face à une parole de plus en plus débridée et toxique.

Une société entre liberté d’expression et responsabilité
Certes, la liberté d’expression reste un droit fondamental. Mais comme le souligne un juriste contacté par Gabon Reviews :

« La liberté s’arrête là où commence la diffamation. Ce que certains appellent kongossa est, en fait, une forme de harcèlement ou d’atteinte à la dignité humaine. »

L’objectif de la loi n’est pas de museler les citoyens, mais de poser des limites à la parole destructrice, celle qui nuit sans fondement, sans preuve, par plaisir ou vengeance.

Ce que vous risquez concrètement
Tout dépend de la gravité des propos et de leur portée. Les sanctions peuvent aller de simples amendes à des peines d’emprisonnement en cas de récidive, ou si les faits entraînent des conséquences graves (tentative de suicide, perte d’emploi, harcèlement en ligne…).

Un tournant pour le vivre-ensemble
En choisissant de criminaliser le kongossa toxique, le Gabon amorce un tournant : celui d’un vivre-ensemble plus responsable, où les mots doivent peser autant que les actes.

Alors avant de « partager », de « screen » ou de « balancer » un message vocal croustillant, pose-toi cette question : et si c’était toi de l’autre côté ?

CATEGORIES
Share This

COMMENTS

Wordpress (0)
Disqus ( )