
un gouvernement resserré pour marquer la rupture de l’après-Transition
Dans quelques heures, le Gabon découvrira le visage de son premier gouvernement pleinement inscrit dans l’après-Transition. Un moment de vérité politique, mais surtout un test de cohérence. À l’heure où les discours officiels exaltent la rigueur, la rationalisation des dépenses publiques et l’efficacité de l’action de l’État, une évidence s’impose : on ne peut prêcher la sobriété avec un exécutif pléthorique.
Le signal attendu est clair et lisible. Dix-huit ministres, pas un de plus, éventuellement complétés par un chef du gouvernement, suffiraient à traduire dans les faits la volonté de rupture affichée par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Dix-huit ministres, ce sont autant de cabinets en moins, de cortèges officiels réduits, de véhicules de fonction économisés et de charges budgétaires allégées. En somme, un État qui commence par se discipliner lui-même avant de demander des efforts à ses citoyens.
Les grandes démocraties l’ont compris depuis longtemps. Les États-Unis gouvernent avec une quinzaine de secrétaires, l’Allemagne avec dix-sept ministres, le Japon avec moins de vingt. Ces États-continent n’ont jamais confondu efficacité et inflation ministérielle. Le Gabon, avec une population de moins de 2,5 millions d’habitants, peut difficilement justifier une armée de portefeuilles ministériels, de conseillers spéciaux et de structures souvent sans périmètre d’action clairement défini.
Pour les populations, l’enjeu est simple et concret : des résultats visibles. Des routes praticables, des hôpitaux fonctionnels, des écoles dignes, une sécurité effective et de réelles opportunités d’emploi. Un gouvernement resserré envoie un message de sérieux et de responsabilité : moins de temps perdu dans les arbitrages internes, moins de conflits de compétences et davantage d’obligation de résultats. Chaque ministre devient pleinement comptable de son action, sans pouvoir se réfugier derrière le chevauchement des responsabilités.
La réduction du train de vie de l’État n’est pas une lubie technocratique. Elle relève d’une exigence morale, dans un pays où les sacrifices sont trop souvent demandés aux plus modestes. Comment appeler à la patience sociale et à l’effort collectif tout en maintenant au sommet de l’État une architecture budgétivore, déconnectée des réalités quotidiennes des citoyens ?
Le message est également déterminant à l’endroit des partenaires financiers du Gabon. Les bailleurs de fonds n’ont eu de cesse d’alerter sur le poids de la masse salariale de l’État, particulièrement au sommet de l’appareil exécutif. Gouvernements hypertrophiés, cabinets pléthoriques et dépenses de prestige constituent des signaux négatifs dans un contexte de fortes contraintes budgétaires. Un exécutif limité à dix-huit ministres serait un acte politique fort, immédiatement lisible et crédible, démontrant que la réforme commence par le sommet.
Au fond, la question n’est pas celle du nombre pour le nombre. Elle est celle de la sincérité. La taille du gouvernement, la qualité des profils retenus et la sobriété de leur train de vie diront si la rupture annoncée est réelle ou simplement cosmétique. La Ve République ne se construira ni avec des ministères de façade, ni avec des nominations de complaisance.
Dix-huit ministres, plus un chef de gouvernement : voilà un signal fort. Un signal de discipline, d’efficacité et de respect envers un peuple qui attend désormais moins de discours et davantage de résultats. Le reste relèverait de la continuité, là où le pays réclame une véritable rupture.

