Tribune | Ce que vivent certaines femmes, ici et ailleurs

Tribune | Ce que vivent certaines femmes, ici et ailleurs

Par le Dr Estelle ONDO

Il est des souffrances qui ne font pas de bruit, mais qui traversent les générations. Les mutilations génitales féminines font partie de ces réalités que l’on évoque rarement, mais qui continuent d’exister dans certaines communautés africaines, notamment en Afrique de l’Ouest.

Dans cette région du continent, la pratique demeure profondément enracinée dans des traditions et des normes sociales. Dans certains pays, elle concerne encore une très grande proportion de femmes et de jeunes filles, parfois dès l’enfance, malgré son interdiction par la loi.

Ces réalités ne sont pas toujours visibles au Gabon, où la pratique est moins répandue et moins discutée publiquement. Pourtant, notre pays n’est pas totalement à l’écart des dynamiques culturelles africaines. Les migrations, les liens communautaires et les héritages culturels rappellent que ce qui se vit ailleurs sur le continent ne nous est pas étranger.

Derrière ces pratiques, il y a des histoires de femmes marquées dans leur chair, mais aussi dans leur mémoire. Il y a des jeunes filles contraintes au silence, des mères partagées entre la tradition et la protection de leurs enfants, et des communautés prises entre la fidélité aux coutumes et l’évolution des valeurs sociales.

À l’échelle mondiale, plus de 230 millions de femmes et de filles ont déjà subi des mutilations génitales féminines, principalement en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Ce chiffre rappelle que le phénomène n’est pas marginal, mais profondément lié à des structures sociales anciennes.

Parler de ces réalités ne revient pas à condamner des cultures, mais à interroger ce que nos sociétés transmettent aux générations futures. L’Afrique est un continent de traditions vivantes, mais aussi de transformations. La question n’est donc pas de renier nos héritages, mais de savoir quelles pratiques méritent d’être conservées et lesquelles doivent être repensées à la lumière de la dignité humaine.

Au Gabon comme en Afrique de l’Ouest, la voix des femmes mérite d’être entendue. Leur expérience, souvent silencieuse, nous oblige à regarder autrement des pratiques que l’on a trop longtemps considérées comme intouchables.

Cette tribune n’est ni un réquisitoire ni une leçon. Elle est un appel à la lucidité, à l’écoute et à la responsabilité collective. Parce qu’aucune tradition ne devrait justifier la souffrance d’une femme.

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