
Réseaux sociaux suspendus : la HAC assume et invoque la légalité
Deux semaines après la suspension de l’accès à plusieurs réseaux sociaux au Gabon, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Germain Ngoyo Moussavou, sort du silence. Accusée par une frange de l’opinion de porter atteinte à la liberté d’expression, l’institution revendique une décision « légale, provisoire et nécessaire » à la préservation de l’ordre public numérique.
La décision prise le 17 février 2026 continue d’alimenter les débats. Pour ses détracteurs, la suspension constituerait une entorse à l’article 14 de la Constitution, qui garantit les libertés individuelles, notamment la liberté d’expression. Certains compatriotes ont d’ailleurs saisi la Cour constitutionnelle du Gabon afin d’obtenir un arbitrage juridique sur la conformité de la mesure.
La HAC revendique la légalité de son action
Face aux critiques, la HAC assume pleinement.
Dans une interview accordée au quotidien L’Union, Germain Ngoyo Moussavou réfute toute violation de la Loi fondamentale. Selon lui, la liberté d’expression demeure garantie, mais elle s’exerce « dans le respect de l’ordre public et des textes en vigueur ».
Il rappelle que la loi n°014/2023 du 3 juillet 2023 portant réorganisation de la HAC confère à l’institution la régulation du secteur de la communication audiovisuelle, écrite et numérique. Le numérique entrerait donc explicitement dans son champ de compétence.
Autre argument avancé : le principe d’autosaisine prévu par cette même loi. La HAC affirme avoir agi à la suite de nombreux signalements relatifs à des contenus jugés diffamatoires, haineux ou susceptibles d’alimenter des divisions sociales et politiques.
Une mesure présentée comme ciblée et temporaire
L’institution insiste également sur la nature de la mesure. Il ne s’agirait ni d’une coupure générale d’Internet ni d’une restriction totale de l’accès à l’information. La suspension serait temporaire et ciblerait certaines plateformes spécifiques.
« Notre objectif premier est le maintien d’un environnement numérique assaini », soutient le président de la HAC.
Dans cette logique, la décision viserait aussi à ouvrir un dialogue avec les plateformes internationales sur les mécanismes de modération des contenus au Gabon. Une délégation de TikTok est d’ailleurs attendue à Libreville dans les prochains jours afin d’échanger avec les autorités.
Des contournements via les VPN
Sur le terrain, toutefois, la suspension connaît des limites. De nombreux internautes contournent la restriction via des VPN. La HAC reconnaît cette réalité et distingue trois catégories :
- les VPN professionnels sécurisés, autorisés ;
- ceux téléchargés avant la décision, placés sous surveillance des fournisseurs d’accès ;
- les VPN non sécurisés, dont le fonctionnement serait restreint.
L’institution affirme collaborer avec les opérateurs techniques pour garantir l’effectivité de la mesure.
Vers un encadrement juridique renforcé du numérique
Parallèlement, le gouvernement a adopté, lors du Conseil des ministres du 26 février 2026, plusieurs projets d’ordonnance destinés à encadrer plus strictement l’usage des réseaux sociaux. Portés par les ministères de la Communication et de l’Économie numérique, ces textes sont présentés comme une réforme structurante de l’écosystème numérique national.
Selon la HAC, ils viendraient combler certaines « faiblesses juridiques » qui limitaient jusqu’ici son action.
Un débat démocratique toujours ouvert
Reste une question centrale dans l’opinion : où placer le curseur entre liberté d’expression et régulation des contenus ? La suspension était-elle proportionnée aux dérives constatées ? Les nouvelles dispositions permettront-elles de rassurer une population inquiète d’un possible durcissement du contrôle numérique ?
Si la HAC assure agir dans le strict respect de la loi, le débat démocratique demeure ouvert. Entre impératif de cohésion nationale et protection des libertés publiques, le Gabon s’engage dans une nouvelle phase de gouvernance numérique, dont les contours restent à préciser.

