Forum Urbain Mondial : à Bakou, le Gabon veut imposer sa vision de la ville africaine de demain

Forum Urbain Mondial : à Bakou, le Gabon veut imposer sa vision de la ville africaine de demain

Présent au 13e Forum Urbain Mondial organisé du 17 au 22 mai 2026 à Bakou par ONU-Habitat et l’Azerbaïdjan, le Gabon affiche désormais une ambition claire : ne plus subir l’urbanisation, mais la transformer en levier stratégique de développement national.

Devant près de 2 000 participants issus de plus de 130 pays, la délégation gabonaise conduite par le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a défendu une vision axée sur la souveraineté foncière, la résilience climatique et la modernisation de l’action publique.

Le défi urbain, une urgence nationale

Dans un contexte mondial marqué par une crise du logement sans précédent, le thème du forum — « Loger le monde, des villes et communautés sûres et résilientes » — met en lumière les défis auxquels sont confrontés de nombreux États, notamment africains.

Avec un taux d’urbanisation supérieur à 80 %, le Gabon fait face à une forte pression démographique sur ses centres urbains. Inondations, érosion côtière, habitat précaire et déséquilibres territoriaux aggravent une situation déjà tendue. Selon les autorités, le déficit national est aujourd’hui estimé à près de 300 000 logements.

Pour Libreville, la question du logement dépasse désormais le simple cadre social. Elle touche à la stabilité du pays, à l’aménagement du territoire et à la compétitivité économique.

Une nouvelle doctrine urbaine portée par l’État

À Bakou, le gouvernement gabonais a surtout voulu mettre en avant les réformes engagées sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Objectif : refonder entièrement la politique urbaine nationale.

Parmi les principaux chantiers présentés figurent :

  • la création du Fonds Gabonais de l’Habitat et du Logement ;
  • le renforcement des partenariats public-privé ;
  • l’augmentation des réserves foncières ;
  • le lancement de nouveaux programmes immobiliers ;
  • ainsi que l’élaboration de Schémas Directeurs d’Aménagement et d’Urbanisme dans plusieurs provinces.

À travers cette stratégie, le Gabon entend bâtir un modèle urbain capable d’accompagner durablement sa croissance démographique et économique.

Le pari de la donnée et de la gouvernance moderne

L’une des annonces majeures de la délégation gabonaise concerne le déploiement du SCADDHA, un système national de collecte et d’analyse de données basé sur plus de 250 indicateurs stratégiques.

Derrière cet outil, le gouvernement affiche une volonté de rupture dans la gestion publique. L’ambition est de piloter les politiques urbaines à partir de données fiables et mesurables afin d’orienter les investissements, évaluer les performances et renforcer l’attractivité du pays auprès des partenaires internationaux.

Cette approche s’inscrit dans les nouvelles orientations défendues par ONU-Habitat, qui encouragent les États à développer des politiques urbaines intégrées, durables et fondées sur des résultats concrets.

Le logement, nouvel enjeu de souveraineté africaine

Au-delà des projets immobiliers et des infrastructures, c’est une bataille stratégique qui se dessine pour les États africains. D’ici 2050, les villes du continent absorberont une grande partie de la croissance démographique mondiale, faisant de l’urbanisation un enjeu majeur de stabilité politique, économique et sociale.

En affirmant à Bakou que « le Gabon ne se contente pas de souscrire aux agendas internationaux, il agit », Mays Mouissi a voulu positionner le pays parmi les nations africaines qui cherchent désormais à construire une vision crédible et souveraine de la ville du futur.

À travers cette participation remarquée, Libreville envoie un signal clair : l’urbanisation africaine ne doit plus être subie, mais pensée comme un moteur de développement durable et de transformation économique.

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