
Oligui Nguema met la pression sur son gouvernement : « Les Gabonais doivent voir le changement »
Cent jours après l’installation de son équipe gouvernementale, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a procédé à une première évaluation officielle de l’action menée par ses ministres. Un exercice hautement symbolique qui marque une nouvelle étape dans la consolidation du pouvoir issu de la Transition, désormais renforcé par la victoire présidentielle d’avril 2025.
À travers ce premier bilan, le chef de l’État adopte une posture équilibrée : reconnaître les efforts engagés tout en rappelant l’impératif de résultats visibles pour les populations. Un message clair adressé à un gouvernement désormais attendu sur le terrain de l’efficacité.
Un premier bilan globalement positif
Selon les conclusions présentées à Libreville, Brice Clotaire Oligui Nguema estime que la dynamique gouvernementale reste conforme aux grandes orientations définies depuis son accession au pouvoir. Plusieurs chantiers prioritaires hérités de la Transition ont été amorcés et certains dossiers stratégiques connaissent déjà des avancées notables.
Le président de la République a notamment salué l’engagement des membres du gouvernement et les efforts déployés pour accélérer les réformes économiques, administratives et sociales engagées depuis 2023.
Mais derrière ce satisfecit mesuré, le chef de l’État a également formulé une exigence forte : les réalisations de l’exécutif doivent désormais produire des effets tangibles dans le quotidien des Gabonais.
Le défi du ressenti populaire
Au cœur du discours présidentiel figure un constat devenu central dans le débat public : le décalage persistant entre les annonces gouvernementales et le ressenti des citoyens.
Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, l’action publique ne peut se limiter à une accumulation de projets ou de décisions administratives. Elle doit avant tout se traduire par une amélioration concrète des conditions de vie des populations.
Le président gabonais a ainsi appelé ses ministres à renforcer la proximité avec les citoyens et à mieux articuler la communication institutionnelle avec les réalités observables sur le terrain.
Cette préoccupation rejoint d’ailleurs les analyses de nombreux observateurs locaux qui estiment que l’élan populaire ayant accompagné le changement de régime en août 2023 pourrait progressivement s’éroder si les attentes sociales demeurent insatisfaites.
Eau, électricité, routes : les urgences restent nombreuses
Dans cette logique d’efficacité, plusieurs secteurs sensibles demeurent sous haute surveillance présidentielle. L’accès à l’eau potable, la stabilité de la fourniture électrique, l’état des infrastructures routières, l’accès aux soins et la lutte contre la vie chère figurent parmi les priorités rappelées par le chef de l’État.
Malgré les engagements pris depuis plusieurs mois, Libreville ainsi que plusieurs grandes villes de l’intérieur continuent de subir des délestages récurrents et des difficultés d’approvisionnement en eau.
Pour les autorités, l’enjeu est désormais de transformer les promesses politiques en résultats rapidement perceptibles afin d’éviter une montée du mécontentement social.
Gouvernance et lutte contre la corruption
Autre axe majeur du discours présidentiel : la discipline budgétaire et la lutte contre les pratiques de corruption.
Brice Clotaire Oligui Nguema a réaffirmé sa volonté de rompre avec les méthodes de gestion de l’ancien régime en mettant l’accent sur la transparence des finances publiques, la traçabilité des dépenses de l’État et la reddition des comptes.
Depuis 2023, plusieurs procédures judiciaires visant d’anciens hauts responsables ont été engagées dans le cadre des opérations de moralisation de la vie publique. Une stratégie qui participe à la volonté affichée par les autorités de restaurer la confiance des citoyens et des partenaires internationaux.
Un test politique à venir
Cette première évaluation gouvernementale intervient dans un contexte politique particulièrement stratégique. Fort de son élection présidentielle remportée avec une large majorité en avril 2025, Oligui Nguema bénéficie encore d’un important capital politique.
Mais à l’approche des futures élections législatives et locales, le pouvoir sait que les attentes populaires restent immenses. L’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), formation politique soutenant le chef de l’État, jouera une partie importante de sa crédibilité sur les questions de gouvernance et de résultats socio-économiques.
Parallèlement, le Gabon poursuit son repositionnement diplomatique sur la scène régionale et internationale après la période de tensions ayant suivi le coup d’État d’août 2023.
Entre réformes internes, impératifs sociaux et exigences de crédibilité internationale, le pouvoir gabonais entre désormais dans une phase où les résultats concrets seront plus que jamais scrutés par l’opinion publique comme par les partenaires étrangers.

