
ARTF : salaires impayés, dossiers disparus et grogne sociale, le régulateur ferroviaire au bord de la crise
Réunie en urgence à Owendo, l’assemblée générale du personnel met en lumière les profondes tensions qui secouent l’Autorité de Régulation des Transports Ferroviaires. Entre difficultés financières et polémique administrative, l’institution traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire récente.
L’Autorité de Régulation des Transports Ferroviaires (ARTF), chargée de veiller au bon fonctionnement et à l’équilibre du secteur ferroviaire gabonais, est aujourd’hui confrontée à une crise interne aux multiples ramifications. Ce jeudi 4 juin 2026, les syndicats de l’institution ont convoqué une assemblée générale extraordinaire du personnel à Owendo afin d’examiner plusieurs dossiers sensibles qui alimentent un climat social de plus en plus tendu.
Cette réunion intervient dans un contexte paradoxal. Alors que les pouvoirs publics affichent leur ambition de moderniser le Transgabonais et de renforcer la gouvernance du transport ferroviaire, l’organisme censé réguler ce secteur stratégique semble lui-même fragilisé par des dysfonctionnements internes persistants.
Le spectre des retards de salaires
Au cœur des préoccupations des agents figure une question devenue récurrente : celle du paiement des rémunérations. Les syndicats, notamment le Syndicat National des Agents de l’Autorité de Régulation des Transports Ferroviaires (SYNA-ARTF) et le SNAARF, dénoncent de nouveaux retards concernant le salaire du mois de mai ainsi que le versement de la prime liée à la fête du Travail.
Si certains arriérés ont été régularisés ces derniers mois, les représentants du personnel estiment que les difficultés de trésorerie observées au sein de l’établissement prennent désormais une dimension structurelle. Pour les agents, cette situation affecte directement leur pouvoir d’achat et accentue un sentiment de précarité dans un environnement professionnel déjà marqué par l’incertitude.
Au-delà de la question financière, c’est la confiance envers la gouvernance de l’institution qui semble progressivement s’éroder.
Une mystérieuse disparition de dossiers administratifs
Comme si les tensions salariales ne suffisaient pas, une nouvelle affaire est venue alimenter les inquiétudes du personnel. Il s’agit de la disparition présumée de plusieurs dossiers administratifs d’agents de l’ARTF.
Selon un courrier adressé au Secrétaire exécutif de l’institution, le directeur des Ressources humaines affirme avoir remis l’ensemble des dossiers physiques du personnel à la hiérarchie, conformément à des instructions reçues. Toutefois, d’après les informations contenues dans ce document, 28 dossiers seraient aujourd’hui introuvables.
Une situation particulièrement préoccupante dans une administration où la gestion documentaire constitue un élément essentiel du suivi des carrières, des droits sociaux et des obligations professionnelles des agents.
Soupçons, accusations et climat de méfiance
L’affaire a rapidement pris une tournure plus sensible. Dans son courrier, le responsable des Ressources humaines indique faire l’objet d’accusations relayées dans différents groupes de discussion internes. Certains messages évoqueraient son implication présumée dans ce qui est présenté comme un « complot visant les agents ».
Si aucune preuve n’a pour l’heure été rendue publique pour étayer ces allégations, la simple existence de telles accusations illustre le niveau de défiance qui semble régner au sein de l’établissement.
Cette situation contribue à renforcer un climat de suspicion généralisée susceptible d’affecter davantage le fonctionnement d’une structure appelée à jouer un rôle central dans la régulation d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.
Un tournant décisif pour l’institution
L’assemblée générale convoquée ce 4 juin pourrait ainsi constituer un moment charnière pour l’avenir de l’ARTF. Entre revendications sociales, interrogations sur la gestion administrative et attentes en matière de gouvernance, les syndicats réclament des réponses claires et des mesures concrètes.
À défaut d’une sortie rapide de crise, les tensions actuelles pourraient avoir des répercussions sur la stabilité et l’efficacité de l’institution. Un enjeu d’autant plus important que le développement du réseau ferroviaire figure parmi les priorités affichées par les autorités gabonaises.
Dans l’attente des conclusions de cette rencontre, une certitude demeure : l’ARTF est confrontée à une crise de confiance dont l’issue dépendra largement de la capacité de sa direction à rétablir le dialogue social et à apporter des éclaircissements sur les nombreuses zones d’ombre qui alimentent aujourd’hui le malaise des agents.

