
CAN 2025 : fin de parcours pour les Panthères, le Gabon face à ses responsabilités
Le verdict est tombé, froid et sans appel. Le Gabon est officiellement éliminé de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Deux défaites consécutives, face au Cameroun puis au Mozambique, ont suffi à précipiter les Panthères hors de la compétition. Le match nul (1-1) entre la Côte d’Ivoire et le Cameroun, disputé le dimanche 28 décembre 2025, n’a fait que confirmer une réalité déjà cruelle : aucune issue possible, même par la porte étroite des meilleurs troisièmes.
Cette sortie prématurée laisse un goût amer, tant les attentes étaient élevées autour d’une sélection annoncée comme l’une des plus talentueuses de ces dernières années. Pierre-Emerick Aubameyang, Denis Bouanga, Mario Lemina, Bruno Ecuélé Manga… Les individualités étaient bien présentes. Mais sur le terrain, le collectif n’a jamais réellement pris forme. Incapables d’imposer un rythme, de gérer les temps faibles ou de faire basculer les rencontres dans les moments clés, les Panthères ont payé au prix fort leurs insuffisances structurelles. Le talent, aussi indéniable soit-il, n’a pas suffi à masquer l’absence d’un projet de jeu clair et cohérent.
Cette élimination s’inscrit dans une dynamique inquiétante. Quelques semaines plus tôt, le rêve d’une qualification pour la Coupe du monde s’était déjà envolé, après une lourde défaite face au Nigéria (4-1 après prolongation), en demi-finale des barrages. Deux rendez-vous majeurs, deux échecs consécutifs, et une même question qui revient avec insistance : où va le football gabonais ? Les désillusions s’accumulent, renforçant le sentiment d’un potentiel mal exploité et d’une trajectoire sportive en perte de repères.
Il reste pourtant une dernière rencontre de groupe, prévue le mercredi 31 décembre 2025 à 20h, face à la Côte d’Ivoire, tenante du titre. Sur le plan comptable, l’enjeu est nul. Sur le plan symbolique, il est immense. Ce match sera celui de l’orgueil, de la dignité et de la responsabilité individuelle, une occasion minimale de quitter la compétition avec une image plus conforme aux ambitions affichées et au respect dû aux supporters.
Au-delà des résultats, cette CAN agit comme un révélateur brutal des failles persistantes du système. Les instances nationales du football gabonais ne peuvent plus se réfugier derrière les circonstances ou l’alibi du manque de chance. Les mêmes maux reviennent, compétition après compétition : absence de vision à long terme, projets sans continuité, changements fréquents d’orientation et incapacité à organiser une transition générationnelle structurée. La dépendance excessive à quelques cadres historiques a montré ses limites. La relève existe, au pays comme dans la diaspora, mais elle reste trop souvent intégrée dans l’urgence, sans véritable plan de développement.
Le problème est aussi domestique. Tant que le championnat national restera fragile, peu compétitif et mal structuré, la sélection continuera de manquer de profondeur et d’intensité face aux grandes nations africaines. Formation, infrastructures, gouvernance : tout est lié. Sans réformes sérieuses, transparentes et durables, les mêmes causes continueront de produire les mêmes effets.
Cette élimination pose enfin la question de la confiance. Celle des supporters, lassés d’espérer sans lendemain. Celle des joueurs, souvent pris en étau entre ambitions personnelles et carences collectives. Restaurer ce lien passera par des actes forts, pas par des discours de circonstance.
La CAN 2025 s’arrête donc bien trop tôt pour le Gabon. Reste à savoir si cet échec sera une ligne de plus dans la longue chronique des occasions manquées, ou le point de départ d’une refondation courageuse et assumée. Le football gabonais est à un carrefour. Cette fois, il n’a plus le luxe de se tromper de direction.

