CNNII : 23 mois sans salaire, le ras-le-bol d’un personnel à bout de souffle

CNNII : 23 mois sans salaire, le ras-le-bol d’un personnel à bout de souffle

La situation sociale à la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) continue de se dégrader. Les agents de cette entreprise publique cumulent désormais 23 mois d’arriérés de salaires, une situation qui nourrit une colère grandissante au sein du personnel et ravive les inquiétudes autour de l’avenir de cet outil stratégique du transport maritime et fluvial gabonais.

Depuis plusieurs mois, les employés multiplient les actions pour attirer l’attention des autorités sur leurs conditions de vie. Sit-in, mouvements de protestation et interpellations des pouvoirs publics traduisent un ras-le-bol qui semble avoir atteint un point critique.

Les difficultés financières de la CNNII s’inscrivent dans la durée. Les premiers retards importants de paiement étaient déjà signalés en 2020. En 2021, les agents cumulaient plusieurs mois d’impayés. La situation s’est ensuite aggravée au fil des années, avec notamment 17 mois d’arriérés évoqués en 2023.

En mai 2026, les représentants des travailleurs faisaient état de 22 mois de salaires impayés, avec le passage à 23 mois annoncé quelques jours plus tard. Les salariés dénoncent une situation devenue incompatible avec des conditions de vie normales, alors même que certains continuent d’assurer leurs missions.

L’un des éléments qui alimentent le mécontentement du personnel tient au fait que la CNNII continue d’être présentée comme un acteur stratégique du transport national.

La compagnie intervient notamment dans le transport maritime et fluvial et assure des liaisons importantes, dont l’axe Libreville-Port-Gentil. Pour les salariés, il est difficilement compréhensible de continuer à faire fonctionner un outil public tout en laissant ceux qui le font vivre accumuler près de deux années de salaires impayés.

Les représentants du personnel ont également soulevé des interrogations concernant la gestion de l’entreprise et les recrutements effectués malgré les difficultés financières rapportées. Ces accusations relèvent toutefois des déclarations des salariés et mériteraient des réponses précises de la direction et de la tutelle.

Derrière les chiffres se trouvent des centaines de travailleurs et leurs familles. Vingt-trois mois sans salaire ne constituent pas uniquement un problème comptable : c’est une crise sociale qui affecte directement le logement, l’alimentation, la scolarité des enfants, les soins de santé et la capacité des ménages à faire face aux dépenses quotidiennes.

Le mouvement de protestation traduit ainsi une demande fondamentale : être payé pour le travail effectué.

La crise de la CNNII pose une question qui dépasse largement le conflit entre une direction et ses employés : celle de la gouvernance et du financement durable des entreprises publiques.

Le paiement des arriérés est aujourd’hui l’urgence. Mais régler la dette salariale sans s’attaquer aux causes profondes de la fragilité financière de la compagnie risquerait de repousser le problème plutôt que de le résoudre.

L’État, en tant que puissance publique et acteur de tutelle, doit donc clarifier la situation financière de la CNNII, établir les responsabilités, présenter un calendrier crédible de règlement des salaires et surtout définir une stratégie de redressement durable.

La question de la transparence est également centrale. Si l’entreprise rencontre des difficultés de trésorerie, les salariés comme les citoyens sont en droit de comprendre l’origine de ces difficultés, les mesures prises pour les corriger et les perspectives de relance.

Sauver l’entreprise, mais aussi protéger les travailleurs

La CNNII ne peut être considérée uniquement comme une entreprise en difficulté. Son activité touche à la mobilité des personnes, au transport des marchandises et à la connexion entre plusieurs territoires.

La modernisation du secteur maritime gabonais et l’arrivée de nouveaux équipements, notamment le navire Elobey VI annoncé en février 2026, montrent que des perspectives de développement existent. Mais ces investissements ne peuvent produire pleinement leurs effets si la question sociale demeure irrésolue.

L’urgence est donc double : restaurer la confiance des travailleurs et remettre la CNNII sur une trajectoire financière viable.

Après 23 mois sans salaire, les agents n’attendent plus seulement des promesses. Ils réclament des actes, un calendrier et des garanties.

Le véritable enjeu est désormais de savoir si cette crise sociale deviendra le point de départ d’une restructuration profonde de la CNNII ou si elle s’inscrira dans la longue liste des difficultés récurrentes des entreprises publiques gabonaises.

CATEGORIES
TAGS
Share This

COMMENTS

Wordpress (0)
Disqus ( )