
Les savoirs traditionnels gabonais, une mémoire à sauver avant qu’elle ne disparaisse
Les Volontaires des Nations Unies mobilisés pour préserver un patrimoine immatériel en péril
Au Gabon, une partie précieuse du patrimoine se transmet encore de génération en génération, principalement par la parole, la pratique et l’expérience. Savoirs médicinaux, techniques artisanales, pratiques agricoles, connaissances liées à la forêt, traditions culturelles ou encore récits ancestraux constituent une véritable mémoire collective. Mais face au vieillissement des détenteurs de ces connaissances et à la transformation progressive des modes de vie, une question se pose avec urgence : que restera-t-il de ces savoirs s’ils ne sont pas documentés et transmis ?
C’est dans cette perspective que les Volontaires des Nations Unies (VNU) au Gabon s’intéressent à la préservation des connaissances traditionnelles détenues par les communautés. L’enjeu dépasse la simple conservation de pratiques anciennes. Il s’agit de sauvegarder une partie de l’identité culturelle du pays et de permettre aux générations futures d’y accéder.
Une mémoire principalement transmise par la parole
Dans de nombreuses communautés gabonaises, les connaissances traditionnelles reposent encore largement sur la transmission orale. Les anciens jouent ainsi un rôle essentiel dans la conservation de cette mémoire : ils connaissent les plantes utilisées dans la pharmacopée traditionnelle, les techniques de transformation des produits locaux, les pratiques liées à l’environnement ou encore les histoires et traditions qui structurent la vie communautaire.
Mais cette transmission est aujourd’hui fragilisée. Lorsque le détenteur d’un savoir disparaît sans avoir pu le transmettre, c’est parfois une connaissance unique qui disparaît avec lui.
« Préserver les savoirs traditionnels, c’est préserver une mémoire vivante », pourrait résumer l’esprit de cette démarche.
Documenter pour mieux transmettre
La documentation apparaît alors comme un outil essentiel. Recueillir les témoignages des détenteurs de savoirs, identifier les pratiques, enregistrer les récits et valoriser les connaissances communautaires permettent de constituer une mémoire accessible aux générations futures.
Cette démarche doit toutefois être menée dans le respect des communautés concernées. Les savoirs traditionnels ne sont pas de simples données à collecter : ils appartiennent à une histoire, à des pratiques et à des communautés qui doivent être associées à leur conservation et à leur valorisation.
L’objectif est donc de favoriser une transmission maîtrisée, tout en protégeant les connaissances sensibles et en reconnaissant le rôle de celles et ceux qui les ont conservées au fil des générations.
Faire des jeunes les héritiers de cette mémoire
La préservation des savoirs traditionnels passe également par la jeunesse. Dans un contexte où les nouvelles générations sont de plus en plus éloignées des modes traditionnels de transmission, rapprocher les jeunes des détenteurs de connaissances devient essentiel.
Écoles, associations, organisations communautaires et acteurs du développement peuvent contribuer à créer des espaces de dialogue entre générations. Les outils numériques peuvent également devenir des alliés pour enregistrer, archiver et transmettre certaines connaissances, sans pour autant remplacer la transmission humaine.
Un patrimoine qui peut aussi soutenir le développement local
Préserver les savoirs traditionnels ne signifie pas tourner le dos à la modernité. Au contraire, certaines connaissances peuvent contribuer à l’innovation, à la valorisation des ressources locales et au développement économique des communautés.
L’artisanat, les savoirs liés à la biodiversité, les pratiques agricoles traditionnelles ou encore la pharmacopée peuvent constituer des ressources importantes, à condition que leur valorisation se fasse de manière responsable, durable et dans le respect des droits des communautés.
Au Gabon, où la diversité culturelle et la richesse de la biodiversité constituent des atouts majeurs, la sauvegarde de ces connaissances représente donc un enjeu à la fois culturel, social et économique.
Sauver aujourd’hui ce que demain pourrait oublier
La disparition d’un savoir traditionnel ne se mesure pas uniquement à la perte d’une technique ou d’une pratique. Elle peut signifier la disparition d’une partie de l’histoire d’une communauté.
L’action des Volontaires des Nations Unies au Gabon autour de la préservation de ces connaissances rappelle ainsi une réalité essentielle : un patrimoine qui n’est pas transmis risque de disparaître.
Documenter, écouter les anciens, impliquer les jeunes et donner une place aux communautés dans la conservation de leurs connaissances constituent autant de moyens de préserver cette mémoire.
Car derrière chaque savoir traditionnel se trouve une histoire, derrière chaque pratique un héritage, et derrière chaque détenteur de connaissances, une bibliothèque vivante qu’il devient urgent d’écouter avant qu’elle ne se referme définitivement.

