
Transport aérien : 80 milliards de FCFA de redevances, la question de la souveraineté économique relancée
Au moment où le coût du transport aérien continue de peser sur les voyageurs, une nouvelle polémique s’invite dans le débat public. Selon des projections publiées par FLYGABON, la nouvelle architecture fiscale et tarifaire appliquée au secteur pourrait générer plus de 80 milliards de FCFA par an. Un chiffre qui soulève une interrogation majeure : à qui profite réellement l’argent collecté auprès des passagers ?
Une nouvelle grille tarifaire aux lourdes conséquences
L’entrée en vigueur de plusieurs mesures, notamment l’extension de la redevance R4 à l’ensemble des aéroports du pays, le rétablissement de la TVA de 18 % sur les vols domestiques, l’augmentation des redevances de sûreté ainsi que l’instauration de la redevance « Securiport », devrait rapporter, selon FLYGABON, 80,231 milliards de FCFA par an.
Si ces prélèvements sont présentés comme nécessaires au financement des infrastructures et de la sécurité aérienne, leur répartition alimente aujourd’hui les interrogations.
Une majorité des recettes orientée vers des entreprises étrangères
Les estimations avancées par la compagnie nationale indiquent que 77 % des recettes générées seraient destinées à des entreprises étrangères, tandis que 22 % seulement reviendraient à des organismes publics gabonais.
Dans le détail, FLYGABON évalue à 37,7 milliards de FCFA les recettes perçues par GSEZ. Securiport bénéficierait d’environ 16,4 milliards de FCFA, tandis que Westminster recevrait 7,3 milliards de FCFA. Les structures publiques gabonaises se partageraient, quant à elles, 18,6 milliards de FCFA.
Ces chiffres restent toutefois des projections établies par FLYGABON et ne résultent pas d’un audit indépendant.
Transparence attendue sur l’utilisation des fonds
Au-delà du montant des redevances, c’est surtout leur destination qui interroge. Les voyageurs peuvent comprendre que la sécurité, la modernisation des infrastructures et la qualité des services aient un coût. Encore faut-il que les mécanismes de perception et d’utilisation des ressources soient clairement expliqués.
FLYGABON estime que ces recettes devraient prioritairement contribuer à la modernisation des infrastructures aéroportuaires nationales, au développement du réseau domestique, au désenclavement des provinces ainsi qu’au renforcement des capacités locales.
Le coût de la future aérogare également remis en question
Selon la compagnie, le coût du projet aurait progressivement été réévalué depuis 2018 pour atteindre 259 milliards de FCFA, un montant qu’elle juge largement supérieur aux projets similaires réalisés dans plusieurs pays de la sous-région, dont les coûts oscilleraient entre 42 et 110 milliards de FCFA.
Une question de souveraineté économique
Détenue majoritairement par l’État gabonais, FLYGABON considère que la souveraineté aérienne ne se limite pas à l’existence d’une compagnie nationale. Elle passe également par la maîtrise des infrastructures, des mécanismes de régulation, des systèmes de sûreté, des données stratégiques ainsi que des ressources générées par le transport aérien.
La compagnie remet notamment en question les reversements effectués directement en devises au profit d’entités étrangères, estimant que ces opérations devraient être réglées en monnaie locale.
Vers un nécessaire débat public
Face aux enjeux financiers en présence, FLYGABON appelle à une concertation afin de réexaminer l’ensemble des nouvelles redevances, leur niveau, leur impact sur les compagnies aériennes et les passagers, ainsi que les modalités de leur affectation.
Au-delà des chiffres, le débat dépasse désormais la seule question du prix des billets d’avion. Il porte sur la transparence dans la gestion des ressources publiques, la gouvernance du secteur aérien et la capacité du Gabon à conserver la maîtrise économique d’un domaine stratégique pour son développement.

