
Gabon : crise de confiance entre leaders syndicaux et base enseignante
Libreville, 19 janvier 2026 — La crise sociale dans le secteur de l’éducation met en lumière une fracture croissante entre les leaders syndicaux et une partie de leurs adhérents. Alors que la grève des enseignants se prolonge et que les négociations piétinent, certains enseignants questionnent la représentativité réelle de leurs responsables et leur capacité à traduire fidèlement les attentes du terrain.
Sur le terrain, plusieurs enseignants estiment ne plus se reconnaître dans les stratégies adoptées par leurs leaders. Si le dialogue direct avec le chef de l’État reste un objectif partagé, la radicalisation du mouvement et la logique du « tout ou rien » suscitent des interrogations. « Nous soutenons les revendications, mais nous ne sommes pas toujours consultés sur les décisions majeures », confie un enseignant du secondaire sous couvert d’anonymat. Ce sentiment alimente un décalage entre la base et les états-majors syndicaux.
La crise est renforcée par une opacité perçue dans les processus internes. Certains enseignants dénoncent un manque d’informations claires sur l’état des négociations, les concessions obtenues ou les perspectives de sortie de crise. Dans ce contexte, les rumeurs prennent le pas sur la communication officielle, fragilisant la cohésion du mouvement. Pour plusieurs observateurs, cette situation traduit un déficit de gouvernance syndicale, à un moment où l’unité devrait être un atout stratégique.
Du côté des leaders syndicaux, les critiques sont rejetées. Ils assurent agir dans l’intérêt collectif et rappellent que la pression reste, selon eux, le levier le plus efficace face à des autorités accusées de promesses non tenues. « Nous rendons compte à la base à travers nos structures et nos assemblées », affirme un responsable syndical, dénonçant toute tentative de division. Une lecture qui ne convainc pas tous les grévistes, notamment ceux confrontés aux menaces de sanctions administratives.
Au-delà du conflit actuel, cette crise de confiance soulève une question plus large : celle de la représentativité syndicale dans un contexte social en mutation. Les syndicats restent des acteurs clés du dialogue social, mais leur légitimité dépend de leur capacité à écouter, informer et associer leur base. Faute de quoi, le risque est grand de voir s’installer un malaise durable, affaiblissant le mouvement revendicatif et la crédibilité du syndicalisme gabonais.

