
Grippe aviaire : le Gabon sort l’artillerie lourde avec un plan inédit jusqu’en 2030
Face à une menace sanitaire silencieuse mais persistante, le Gabon franchit un cap décisif. Le pays vient d’adopter son tout premier Plan national de surveillance intégrée contre la grippe aviaire hautement pathogène (IAHP), un dispositif ambitieux qui redéfinit sa stratégie de défense contre une épizootie aux conséquences potentiellement dévastatrices. Pensé comme un véritable bouclier sanitaire, ce plan s’inscrit dans une dynamique proactive à l’horizon 2030 et marque une rupture nette avec les réponses ponctuelles du passé.
Une approche “One Health” pour une réponse globale
L’adoption de ce document intervient au terme de cinq jours d’intenses concertations réunissant experts de la santé animale, humaine et environnementale. En optant pour l’approche « One Health », le Gabon acte une réalité scientifique incontournable : la santé humaine est étroitement liée à celle des animaux et à leur environnement.
Pour le Dr Morgan Bignoumba, directeur général adjoint de l’Élevage, l’urgence ne fait aucun doute. Le pays a déjà été confronté à des foyers de H5N1 en 2022 et en 2025, révélant une circulation virale active en Afrique centrale et de l’Ouest. « Le risque est réel », insiste-t-il, soulignant la nécessité d’un dispositif permanent et structuré.
Surveillance renforcée dans les zones à risque
Le cœur de cette stratégie repose désormais sur une surveillance accrue et ciblée. Les autorités concentrent leurs efforts sur les marchés à volailles, les points d’eau et les parcs nationaux, considérés comme des zones critiques.
Ces espaces, notamment les parcs, constituent des foyers potentiels en raison de la présence d’oiseaux migrateurs, vecteurs naturels du virus. Dans ce contexte, la vigilance devient un impératif constant.
Au-delà de la santé animale, c’est toute la filière avicole gabonaise qui est en jeu. En pleine expansion, ce secteur représente un pilier de la sécurité alimentaire et de l’économie nationale, et pourrait être lourdement impacté en cas de propagation incontrôlée.
Objectif : souveraineté avicole dès 2027
Cette dynamique s’inscrit par ailleurs dans une ambition plus large de souveraineté avicole. À partir du 1er janvier 2027, le Gabon prévoit d’interdire l’importation de poulets de chair, une décision stratégique qui renforce l’exigence d’un contrôle sanitaire irréprochable.
Pour Wenceslas Mamboundou, président de l’Association des éleveurs, cette transition impose un renforcement drastique des mesures de biosécurité. Les éleveurs misent désormais sur :
- la digitalisation des systèmes de surveillance
- le développement des compétences techniques
- la détection rapide des menaces
afin d’éviter des pertes massives.
Des conditions essentielles pour la réussite du plan
Toutefois, la réussite de ce plan dépendra de sa mise en œuvre effective. Les acteurs du secteur appellent à des actions concrètes, notamment :
- la modernisation du laboratoire national vétérinaire
- la formation des agents des Eaux et Forêts
- l’allocation de ressources financières dédiées
L’adaptation du cadre législatif apparaît également indispensable pour garantir une meilleure coordination entre les différents secteurs.
L’interopérabilité des données, en particulier, constitue un levier clé pour assurer une réponse rapide, cohérente et efficace face à toute alerte.
Un tournant stratégique vers l’anticipation
À travers cette initiative, le Gabon amorce un tournant stratégique en passant d’une logique réactive à une approche anticipative.
En consolidant son système de détection précoce, le pays se donne les moyens de protéger durablement sa population, son économie et son patrimoine animal.
Plus qu’un simple plan, il s’agit d’une vision d’avenir, celle d’un État résilient, capable de faire face aux défis sanitaires globaux grâce à une gouvernance intégrée et des outils modernes.

