
Finance en Afrique centrale : une alliance inédite pour traquer les flux illicites
Le paysage de la régulation financière en Afrique centrale amorce un tournant décisif. Lundi 23 mars, à Libreville, un accord stratégique a été scellé entre trois acteurs majeurs de la surveillance régionale : la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) et les six Agences nationales d’investigation financière (ANIF). Une convergence inédite qui marque une montée en puissance de la lutte contre les dérives financières dans la zone CEMAC.
Une offensive contre les flux financiers illicites
L’objectif affiché est clair : intensifier la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et surtout les flux financiers illicites (FFI).
Ces sorties massives de capitaux, souvent liées à la corruption et à la fraude fiscale, constituent un manque à gagner considérable pour les économies de la sous-région. À tel point que leur volume dépasserait, selon plusieurs analyses, le montant total de l’aide publique au développement reçue par les pays concernés.
Le secteur extractif en première ligne
Dans cette lutte, le secteur extractif apparaît comme l’un des maillons les plus vulnérables. Les pratiques de sous-facturation dans les industries pétrolière et minière continuent de priver les États de ressources essentielles.
Des pays comme le Gabon ou le Cameroun sont particulièrement exposés. Pour le Gabon, les estimations issues des travaux de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite et de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement évoquent des pertes annuelles avoisinant les 12 milliards de FCFA.
Un plan stratégique pour renforcer le système financier
Cette dynamique de coopération s’inscrit dans le cadre du nouveau plan stratégique 2025-2029, baptisé « OIM ». Porté par la Cobac, ce programme vise à renforcer la solidité du système bancaire tout en alignant les mécanismes de contrôle sur les standards internationaux.
Pour Marcel Ondele, il s’agit d’un engagement clair : celui d’une sous-région déterminée à faire front commun contre les flux financiers illicites.
Une meilleure circulation de l’information
L’un des leviers majeurs de cette stratégie repose sur une meilleure circulation de l’information entre les institutions. En décloisonnant la surveillance entre banques, marchés financiers et agences d’investigation, les autorités entendent améliorer l’efficacité des dispositifs de détection et de répression.
Une approche intégrée qui pourrait permettre de combler les failles exploitées par les réseaux de fraude.
Un enjeu économique et stratégique majeur
Au-delà de la lutte contre la criminalité financière, cette initiative porte également une ambition économique plus large. En sécurisant davantage les circuits financiers, la CEMAC espère renforcer la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux.
Dans un contexte où les besoins en financement des infrastructures restent immenses, la récupération des ressources détournées apparaît comme un levier stratégique pour soutenir le développement.

