
Budget rectificatif 2024 : le Gabon mise sur 855 milliards FCFA d’emprunts, le FMI sur ses gardes
Le budget rectificatif 2024, promulgué le 17 juillet 2026 par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, suscite de nombreuses interrogations dans les milieux financiers. Alors que les recettes de l’État ont été revues à la baisse de 22 %, le gouvernement a choisi d’accentuer son recours à l’endettement en autorisant une levée de fonds pouvant atteindre 1,5 milliard de dollars, soit environ 855 milliards de FCFA, sur les marchés internationaux.
Une stratégie destinée à répondre aux besoins de financement du pays, mais qui pourrait compliquer les discussions engagées avec le Fonds monétaire international (FMI).
Un besoin de financement en forte hausse
Selon les nouvelles projections budgétaires, les besoins de financement du Gabon atteignent désormais 915,6 milliards de FCFA, en progression d’environ 13 % par rapport aux prévisions établies à la fin de l’année 2024.
Pour couvrir ce déficit, les autorités misent sur une combinaison de financements extérieurs et régionaux. Outre l’émission envisagée d’un eurobond sur les marchés internationaux, le gouvernement prévoit également de mobiliser près de 424,9 milliards de FCFA à travers des émissions de bons du Trésor sur le marché financier de la CEMAC.
Cette orientation intervient dans un contexte économique marqué par la baisse des recettes publiques et la nécessité de financer plusieurs projets prioritaires.
Des négociations avec le FMI fragilisées
Le recours accru à l’endettement suscite toutefois des réserves chez plusieurs observateurs. Alors que Libreville a officiellement sollicité l’appui du FMI en mars dernier, certains experts estiment que l’augmentation du déficit budgétaire pourrait retarder la conclusion d’un programme d’assistance financière.
Pour plusieurs analystes internationaux, la priorité accordée aux financements de marché pourrait être perçue comme un signal de prudence par les institutions financières internationales, qui privilégient généralement des trajectoires budgétaires plus soutenables avant d’accorder leur soutien.
Dans ce contexte, la perspective d’un accord avec le FMI pourrait être repoussée à la fin de l’année 2026, voire au-delà.
Les marchés réagissent avec prudence
L’annonce du budget rectificatif a également eu un impact sur les marchés obligataires. Plusieurs obligations souveraines gabonaises ont enregistré un recul de leur valeur, signe d’une vigilance accrue des investisseurs face à l’évolution des finances publiques du pays.
Les marchés s’inquiètent notamment du coût plus élevé des financements internationaux comparativement aux mécanismes d’appui proposés par les institutions multilatérales.
Cette situation intervient alors que l’ensemble des économies de la zone CEMAC demeure attentif au maintien de la stabilité budgétaire et financière régionale.
L’audit de la dette très attendu
À ces préoccupations s’ajoute l’attente des résultats d’un audit de la dette publique couvrant la période 2016-2024. Cette évaluation doit permettre d’identifier d’éventuels engagements financiers non déclarés ou des passifs insuffisamment documentés.
Avec un niveau d’endettement déjà supérieur à 70 % du produit intérieur brut (PIB), les conclusions de cet audit pourraient jouer un rôle déterminant dans l’appréciation de la situation financière du Gabon par les investisseurs et les partenaires internationaux.
Un pari financier à haut enjeu
À travers ce budget rectificatif, le gouvernement affiche sa volonté de maintenir sa capacité d’investissement malgré la baisse des recettes publiques. Toutefois, ce choix repose sur un recours accru à l’endettement dans un environnement économique déjà sous tension.
Entre nécessité de financer le développement, préservation de la soutenabilité de la dette et poursuite des discussions avec le FMI, le Gabon se trouve aujourd’hui face à un exercice d’équilibre délicat dont les conséquences pourraient influencer durablement la trajectoire économique du pays.

