
Gabon : et si l’égalité filles-garçons devenait une culture dès le collège et le lycée ?
L’égalité entre les filles et les garçons ne devrait pas commencer à l’université, encore moins au moment de l’entrée dans la vie professionnelle. Elle se construit dès l’enfance, se consolide à l’école et se traduit progressivement dans les choix d’orientation, les comportements et les ambitions.
Au Gabon, cette question mérite aujourd’hui une attention particulière. Le pays s’est engagé dans une dynamique de transformation de son système éducatif. Dans ce contexte, pourquoi ne pas aller plus loin en imaginant un dispositif national permettant aux collèges et lycées de devenir de véritables établissements engagés pour l’égalité entre les filles et les garçons ?
L’idée serait de mettre en place un Label Égalité Filles-Garçons adapté au contexte gabonais.
Créer un Label Égalité Filles-Garçons « Made in Gabon »
Ce label pourrait être porté par le ministère de l’Éducation nationale, avec l’appui des ministères concernés, des établissements scolaires, des entreprises, des associations, des organisations internationales et des partenaires du secteur privé.
Il ne s’agirait pas simplement d’une distinction honorifique.
Le label constituerait un outil de transformation des pratiques scolaires, permettant d’accompagner les établissements qui souhaitent lutter contre les stéréotypes, favoriser l’égalité des chances et permettre à chaque élève de développer son potentiel sans être limité par son sexe.
Le modèle existe déjà ailleurs. En France, le label Égalité filles-garçons concerne les collèges et lycées et vise notamment à agir sur les stéréotypes, l’orientation, la prévention des violences sexistes et sexuelles ainsi que les pratiques pédagogiques.
Le Gabon pourrait s’en inspirer tout en construisant son propre référentiel, adapté aux réalités de son système éducatif.
Pourquoi agir dès le collège ?
Le collège est une période déterminante.
C’est à cet âge que les adolescents commencent à construire leur identité, leurs aspirations et leur représentation du monde professionnel.
C’est également une période où peuvent apparaître ou se renforcer certains stéréotypes :
« Les sciences, c’est pour les garçons. »
« Les filles sont meilleures dans les matières littéraires. »
« Un garçon ne devrait pas choisir tel métier. »
« Une fille n’est pas faite pour diriger. »
Ces idées peuvent sembler anodines. Pourtant, répétées suffisamment longtemps, elles peuvent influencer les choix d’orientation.
Or, le Gabon aura besoin de filles et de garçons dans les sciences, le numérique, l’industrie, la recherche, l’entrepreneuriat, les métiers techniques, mais aussi dans l’éducation, la santé, le droit, la culture et les sciences humaines.
L’égalité consiste donc aussi à permettre à chacun de choisir son avenir en fonction de ses capacités et de ses aspirations.
Que pourrait contenir le label ?
- Une pédagogie attentive aux stéréotypes
Former les enseignants et les personnels éducatifs à identifier les stéréotypes de genre dans les pratiques pédagogiques.
Quels exemples utilise-t-on en classe ?
Quelles personnalités scientifiques présente-t-on aux élèves ?
Les filles sont-elles autant encouragées à prendre la parole ?
Les garçons sont-ils eux aussi autorisés à sortir des rôles traditionnels ?
L’objectif serait de favoriser une pédagogie qui donne la même ambition à tous les élèves.
- Une orientation sans barrières
L’établissement labellisé pourrait s’engager à organiser chaque année des actions d’orientation permettant aux élèves de découvrir une grande diversité de métiers.
Des femmes ingénieures, informaticiennes, chercheuses, entrepreneures, médecins, techniciennes ou dirigeantes pourraient venir témoigner.
Des hommes exerçant dans l’éducation, le soin, les métiers sociaux ou d’autres secteurs traditionnellement féminisés pourraient également intervenir.
L’objectif serait d’élargir les imaginaires professionnels des filles comme des garçons.
- Un programme « Filles & Sciences »
Chaque établissement labellisé pourrait mettre en place un programme annuel permettant aux jeunes filles de découvrir les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.
Au programme :
• ateliers scientifiques
• initiation au numérique
• découverte de l’intelligence artificielle
• sciences de l’ingénieur
• ateliers mathématiques
• rencontres avec des professionnelles
• visites d’entreprises
• mentorat
Le Gabon dispose déjà d’initiatives valorisant l’excellence scientifique féminine, notamment Miss Sciences. Le label pourrait permettre de faire passer cette dynamique du concours ponctuel à une culture permanente dans les établissements.
- Prévenir les violences et le cyberharcèlement
L’égalité ne concerne pas uniquement l’orientation scolaire.
Elle concerne aussi la qualité des relations entre les élèves.
Un établissement engagé pourrait mettre en place des actions de sensibilisation sur :
• le respect entre filles et garçons ;
• les violences sexistes et sexuelles ;
• le harcèlement scolaire ;
• le cyberharcèlement ;
• les violences en ligne ;
• le respect de l’image et des données personnelles ;
• les limites dans les relations entre élèves.
L’objectif serait de créer un environnement scolaire dans lequel chaque élève peut apprendre et évoluer dans un climat de respect et de sécurité.
- Impliquer les parents
Aucune politique d’égalité ne peut fonctionner durablement sans les familles.
Le label pourrait donc prévoir des rencontres parents-école autour de questions concrètes :
Comment accompagner une fille qui veut faire des études scientifiques ?
Comment éviter de transmettre inconsciemment certains stéréotypes ?
Comment accompagner les garçons et les filles dans leur orientation ?
Comment encadrer les usages numériques et prévenir le cyberharcèlement ?
L’objectif n’est pas de culpabiliser les parents.
Il s’agit de les considérer comme des acteurs essentiels de l’égalité.
- Un comité Égalité dans chaque établissement
Chaque établissement candidat au label pourrait créer un comité composé de représentants de la direction, d’enseignants, d’élèves, de parents, de conseillers d’orientation et, lorsque cela est possible, de partenaires extérieurs.
Ce comité établirait chaque année un Plan d’action Égalité Filles-Garçons avec des objectifs précis et mesurables.
Par exemple :
Année 1 : sensibiliser.
Année 2 : transformer les pratiques.
Année 3 : mesurer les résultats et renforcer les actions.
Un label en plusieurs niveaux
Pour éviter qu’il ne soit simplement décoratif, le dispositif pourrait comporter trois niveaux.
🔴Niveau 1 — Établissement engagé
L’établissement sensibilise et met en place ses premières actions.
🔵Niveau 2 — Établissement actif
L’égalité est intégrée à l’orientation, aux projets pédagogiques et à la vie scolaire.
🟣Niveau 3 — Établissement exemplaire
L’établissement dispose d’une véritable politique d’égalité, mesure ses résultats et partage ses bonnes pratiques avec d’autres établissements.
Le modèle français fonctionne déjà selon une logique progressive en trois niveaux : engagement, approfondissement et expertise.
Cette approche pourrait être adaptée au contexte gabonais.
Un projet qui pourrait devenir un véritable programme national
Cette initiative pourrait être expérimentée dans plusieurs établissements pilotes de Libreville, Port-Gentil, Franceville, Oyem, Lambaréné ou dans d’autres localités, avant d’être progressivement étendue à l’ensemble du territoire.
Elle pourrait réunir autour d’une même table :
Ministère de l’Éducation nationale + Ministère chargé de la Femme + établissements scolaires + entreprises + associations + partenaires techniques et financiers + organisations internationales.
Le secteur privé aurait également un rôle important à jouer, notamment pour proposer des visites d’entreprises, des stages, du mentorat et des rencontres avec des professionnelles.
Faire de l’égalité une compétence de vie
L’objectif final n’est pas simplement d’avoir davantage de filles dans les filières scientifiques ou davantage de garçons dans certains secteurs.
Il est plus large.
Il s’agit de faire comprendre à chaque élève que son sexe ne doit pas déterminer ses capacités, ses ambitions ou son avenir.
Le Gabon pourrait ainsi faire de l’école un véritable espace d’apprentissage de l’égalité, du respect, de la confiance en soi et de l’ambition.
Le lycée français Blaise-Pascal de Libreville mène déjà, par exemple, des actions de sensibilisation à l’égalité filles-garçons, aux stéréotypes et à l’orientation. Cette expérience locale montre que ces sujets peuvent être concrètement intégrés à la vie d’un établissement gabonais.
La véritable ambition serait désormais de passer d’initiatives ponctuelles à une démarche structurée et nationale.
L’égalité professionnelle de demain commence dans les salles de classe d’aujourd’hui.
Mettre en place un Label Égalité Filles-Garçons au Gabon, ce serait faire un choix simple mais profondément stratégique :
apprendre à nos enfants à ne plus choisir leur avenir en fonction de leur genre, mais en fonction de leurs talents, de leurs rêves et de leurs compétences.

