Georges Damas Aleka, l’homme qui a donné une voix au Gabon

Georges Damas Aleka, l’homme qui a donné une voix au Gabon

Alors que le Gabon célèbre ce 9 août la Journée nationale du Drapeau, un nom s’impose naturellement au rythme des cérémonies : Georges Damas Aleka. Auteur et compositeur de « La Concorde », l’hymne national gabonais, cet homme d’État, diplomate et musicien a contribué à donner une voix aux symboles de la République. Des luttes syndicales aux responsabilités publiques, son parcours demeure étroitement lié aux premières pages de l’histoire du Gabon indépendant.

Quand le drapeau prend une voix

Au Gabon, difficile d’imaginer une cérémonie de montée des couleurs sans les premières notes de « La Concorde ».

Aux côtés du vert, du jaune et du bleu, qui renvoient respectivement à la forêt, au soleil et aux ressources aquatiques du pays, l’hymne national constitue l’un des marqueurs fondamentaux de l’identité gabonaise.

Derrière cette œuvre qui accompagne depuis plus de six décennies les grands rendez-vous de la République se trouve Georges Damas Aleka, né le 18 novembre 1902 à Libreville.

Issu de la communauté Mpongwè, il grandit dans un contexte colonial marqué par de profondes inégalités. Passionné de musique et présenté comme un virtuose de l’accordéon, il compose « La Concorde » en 1960, quelques mois après l’accession du Gabon à l’indépendance.

Depuis, son œuvre s’est imposée dans les cérémonies officielles, les écoles et les grands événements nationaux, devenant indissociable du drapeau gabonais.

« Autour de ce drapeau qui vers l’honneur nous mène, saluons la patrie et chantons sans arrêt. »

Des paroles qui prennent une résonance particulière chaque 9 août, lorsque le drapeau vert-jaune-bleu est placé au centre des célébrations.

Du militantisme aux hautes fonctions de l’État

Mais l’héritage de Georges Damas Aleka dépasse largement la composition de l’hymne national.

Dès les années 1930 et 1940, il s’engage dans la défense des droits et de la dignité des populations africaines, notamment à travers le mouvement syndical. Un engagement qui intervient dans un contexte colonial où les revendications sociales et politiques prennent progressivement de l’ampleur.

Son parcours le conduit ensuite vers les responsabilités publiques. Il devient notamment conseiller auprès du Gouverneur général de l’Afrique-Équatoriale française et participe à la vie municipale de Libreville.

Après l’indépendance, son expérience se prolonge sur le terrain diplomatique. Il dirige notamment la Maison du Gabon à Paris avant d’être nommé ambassadeur auprès des pays du Benelux et de la Communauté économique européenne.

Le 12 avril 1964, Georges Damas Aleka accède à la présidence de l’Assemblée nationale. Il occupera cette fonction pendant onze ans, devenant ainsi l’une des figures importantes de la construction institutionnelle du jeune État gabonais.

Pour des raisons de santé, il quittera ensuite la présidence du Parlement, avant de poursuivre son engagement au service de l’État comme conseiller du président Omar Bongo Ondimba.

Une mémoire progressivement réinscrite dans l’espace public

Georges Damas Aleka s’éteint le 4 mai 1982, à l’âge de 79 ans. Il laisse derrière lui le souvenir d’un homme engagé dans la construction de l’État gabonais et associé aux valeurs de paix, d’unité et de concorde.

Trois ans après sa disparition, en 1985, le Gabon lui rend un hommage philatélique avec l’émission d’un timbre à son effigie, accompagné de la partition de « La Concorde ».

Plus de quatre décennies après sa disparition, son nom continue de retrouver une place dans l’espace public gabonais.

En 2026, une nouvelle esplanade portant son nom est en cours d’aménagement sur le front de mer de Libreville, face à la Tribune de l’Indépendance. Un emplacement hautement symbolique pour celui dont l’œuvre accompagne précisément les cérémonies nationales qui s’y tiennent.

À travers ce projet, la mémoire de l’ancien président de l’Assemblée nationale s’inscrit désormais dans la pierre, prolongeant dans l’espace urbain un héritage déjà profondément présent dans le quotidien des Gabonais.

Un héritage qui résonne encore

Chaque fois que le vert, le jaune et le bleu s’élèvent au-dessus des édifices publics, dans les écoles ou lors des cérémonies officielles, « La Concorde » retentit.

Georges Damas Aleka n’a donc pas seulement composé un hymne. Il a contribué à donner une voix à la République et à inscrire dans la mémoire collective une œuvre devenue indissociable de l’identité nationale.

En cette Journée nationale du Drapeau, son parcours rappelle que derrière les symboles d’une Nation se trouvent des hommes et des femmes qui ont participé à écrire son histoire.

Le drapeau se hisse. La Concorde retentit. Et derrière ces deux symboles, demeure la mémoire de Georges Damas Aleka, l’homme qui a donné une voix au Gabon.

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