
Interdiction des importations de poulet : le Gabon face à l’échéance critique de 2027
Libreville, janvier 2026 — À moins de 360 jours de l’interdiction totale des importations de poulet de chair, fixée au 1er janvier 2027, le Gabon n’a plus droit à l’improvisation. Entre déficit de production, infrastructures inachevées et enjeux de compétitivité, la filière avicole nationale entre dans sa phase la plus critique. L’heure est désormais à l’exécution.
La date butoir est connue, le calendrier est serré, et la pression maximale. D’ici un an, le poulet importé devra disparaître des étals gabonais. Une décision stratégique pleinement assumée par les autorités, mais qui impose une transformation accélérée de toute la chaîne de valeur. Le défi est de taille : combler un déficit annuel estimé à près de 50 000 tonnes de poulet de chair.
L’alimentation représente à elle seule plus de 50 % du coût de production. Or, le maïs et le soja, principales matières premières, sont encore largement importés, rendant le poulet local structurellement moins compétitif que le poulet congelé venu de l’étranger. La construction d’unités industrielles de fabrication d’aliments pour volaille — des provenderies — devient donc une urgence absolue. Sans cette base, l’interdiction des importations risque de provoquer une pénurie ou une flambée des prix, au détriment des consommateurs.
Au-delà de l’alimentation, l’ensemble de l’écosystème industriel doit être opérationnel dans des délais très courts. Couvoirs nationaux, chaîne du froid, abattoirs industriels : chaque maillon conditionne la crédibilité de la filière. Un abattoir capable de traiter plus de 70 000 tonnes par an est indispensable pour garantir une mise sur le marché conforme aux standards sanitaires, tant à Libreville que dans l’intérieur du pays. Le poulet local devra répondre aux mêmes exigences d’hygiène et de traçabilité que les produits importés qu’il remplace.
Les autorités ont annoncé la création de six fermes agropastorales dans des zones stratégiques : l’Estuaire, le Moyen-Ogooué (Bifoun), la Ngounié, le Haut-Ogooué (Ranch Kiabi), l’Ogooué-Maritime et le Woleu-Ntem. Une cartographie cohérente, pensée pour irriguer l’ensemble du territoire. Mais ces annonces doivent se traduire en installations effectives, raccordées aux infrastructures énergétiques, routières et logistiques nécessaires à une production continue.
La technologie, aussi performante soit-elle, ne produira rien sans main-d’œuvre qualifiée. Fin 2025, le gouvernement avait lancé un programme de formation de 40 000 personnes aux métiers de l’aviculture. Une étape franchie, mais insuffisante. Le véritable test commence maintenant : passer de la formation à l’installation effective des producteurs. Accès au foncier sécurisé, accompagnement technique, financement des premiers cycles de production… sans ces leviers, la montée en puissance restera théorique.
En clair, le Gabon dispose de moins de 360 jours pour rendre sa filière avicole pleinement fonctionnelle. La décision politique est prise, le compte à rebours est enclenché. Désormais, seule la capacité de l’État à coordonner, financer et exécuter déterminera si le poulet gabonais sera, dès 2027, une réalité accessible et durable, ou un pari mal préparé aux conséquences économiques et sociales majeures.

