La Santé Pharmaceutique au bord de l’asphyxie : le CESEC mobilisé pour sauver un fleuron de l’industrie pharmaceutique gabonaise

La Santé Pharmaceutique au bord de l’asphyxie : le CESEC mobilisé pour sauver un fleuron de l’industrie pharmaceutique gabonaise

Implantée dans la Zone d’investissement spécial (ZIS) de Nkok, La Santé Pharmaceutique traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Fragilisée par une grave crise de trésorerie depuis 2024, l’usine, qui produit déjà une quarantaine de médicaments destinés au marché gabonais, a reçu le 24 juillet la visite du bureau du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC). Objectif : évaluer la situation de cette entreprise stratégique et proposer des solutions aux plus hautes autorités de l’État.

Un outil industriel intact, mais paralysé par un manque de liquidités

Conduite par le président du CESEC, Guy Bertrand Mapangou, la délégation, accompagnée de plusieurs membres de l’institution ainsi que de chercheurs américains, a échangé avec les responsables de l’entreprise afin de mesurer l’ampleur des difficultés.

Selon le directeur commercial et marketing, Constant Zogo Mboulou, la crise trouve son origine en 2024. Une combinaison de difficultés de distribution, d’un manque de compétitivité commerciale et de contraintes douanières liées à la ZIS de Nkok aurait entraîné un effondrement de 91 % du chiffre d’affaires.

Cette situation a des conséquences sociales importantes : 85 employés sont privés de salaire depuis plusieurs mois.

Malgré ces difficultés, les dirigeants insistent sur un point essentiel : les installations industrielles restent pleinement opérationnelles. Les équipements, les lignes de production ainsi que les certifications internationales sont toujours en vigueur, laissant envisager une reprise rapide de l’activité si les financements nécessaires sont débloqués.

Quarante médicaments déjà produits localement

Créée en 2017, La Santé Pharmaceutique est aujourd’hui l’un des principaux acteurs de la fabrication locale de médicaments au Gabon. L’usine produit déjà 40 médicaments, parmi lesquels des antipaludiques, des antibiotiques, des antirétroviraux, des traitements contre la tuberculose ainsi que des analgésiques.

Pour son directeur général, Rajeev Lila, l’entreprise représente un maillon essentiel de la souveraineté sanitaire nationale. Il estime que les compétences techniques, les équipements et la certification GMP permettent une reprise immédiate de la production, à condition qu’un soutien financier intervienne rapidement.

Afin d’assurer ce redémarrage, les responsables sollicitent notamment une avance de trésorerie de 300 millions de FCFA, une participation de l’État à hauteur de 26 % du capital ainsi que la signature d’un décret présidentiel relatif au projet Iboga.

Le CESEC promet d’examiner le dossier

À l’issue de la visite, Guy Bertrand Mapangou a indiqué que les conclusions de cette mission seront inscrites à l’ordre du jour de la prochaine session du CESEC. L’institution entend formuler des recommandations destinées à préserver cette unité industrielle jugée stratégique pour le pays.

Les échanges ont également porté sur le développement du projet Iboga, mené avec des chercheurs américains. Pour le président du CESEC, cette ressource représente un enjeu scientifique et économique majeur, qui nécessite une protection renforcée de la propriété intellectuelle gabonaise.

Un test pour la souveraineté industrielle du Gabon

Au-delà du cas de La Santé Pharmaceutique, cette situation soulève la question du soutien apporté aux industries nationales à forte valeur stratégique. Alors que le Gabon affiche son ambition de renforcer sa transformation locale et de réduire sa dépendance aux importations, l’avenir de cette usine pourrait constituer un indicateur de la capacité du pays à préserver des infrastructures industrielles essentielles, créatrices d’emplois et garantes d’une plus grande autonomie en matière de santé.

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