
Microfinance au Gabon : les députés stoppent la réforme et imposent un bras de fer réglementaire
Coup d’arrêt pour la réforme du secteur financier gabonais. Réunis en séance plénière le 8 mai 2026 au Palais Léon Mba, les députés ont rejeté le projet de loi encadrant l’activité de crédit et de microfinance. Une décision forte qui traduit la volonté du Parlement de privilégier la conformité communautaire et la prudence réglementaire face à un texte jugé encore insuffisamment harmonisé avec les normes de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC).
Sous la présidence de Michel Régis Onanga M. Ndiaye, les travaux ont réuni plusieurs membres du gouvernement, notamment Thierry Minko et François Ndong Obiang.
Une réforme rejetée malgré les ambitions du gouvernement
Le texte présenté par l’exécutif visait pourtant à moderniser le cadre juridique des établissements de crédit et de microfinance au Gabon. Parmi les objectifs affichés figuraient le renforcement de l’inclusion financière, une meilleure protection des usagers et l’amélioration de la supervision du secteur.
Mais face aux inquiétudes soulevées au sein de l’hémicycle, l’Assemblée nationale a finalement opposé une motion de rejet.
Pour Nicole Jeanine Lydie Roboty Mbou, le principal problème résidait dans le risque de contradiction avec les textes communautaires déjà en vigueur au sein de la CEMAC et de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC).
Les parlementaires ont ainsi recommandé au gouvernement de consulter en amont les instances communautaires afin de garantir la cohérence juridique et réglementaire du futur dispositif.
Les députés réclament une microfinance plus protectrice
Au-delà des questions de conformité régionale, plusieurs élus ont également pointé des insuffisances de fond dans le texte.
Parmi les principales préoccupations figure la question du Taux Effectif Global (TEG), considéré par de nombreux députés comme trop élevé pour les emprunteurs. Le Parlement demande une révision à la baisse des taux appliqués afin d’éviter une aggravation de l’endettement des ménages et des petites entreprises.
Les députés souhaitent également davantage de clarté sur le traitement des créances en souffrance, sujet sensible dans un secteur de la microfinance souvent confronté à des difficultés de remboursement.
Autre revendication importante : l’élargissement de l’accès à la centrale des risques pour les structures de microfinance. Une mesure jugée essentielle pour améliorer l’évaluation des emprunteurs et renforcer la stabilité du secteur financier.
Ce rejet parlementaire reflète ainsi une volonté de mieux encadrer un secteur stratégique, alors que la microfinance joue un rôle croissant dans le financement des populations exclues du système bancaire classique.
Un climat plus apaisé sur la réforme institutionnelle
Si le premier texte a suscité de fortes réserves, le second dossier inscrit à l’ordre du jour a connu un accueil beaucoup plus favorable.
Les députés ont adopté à une large majorité la proposition de résolution relative au règlement du Congrès du Parlement, malgré quatre abstentions.
Selon Brice Constant Paillat, cette réforme permettra de mieux organiser les réunions conjointes entre l’Assemblée nationale et le Sénat prévues par la Constitution.
Cette adoption apparaît comme une étape importante dans la consolidation du fonctionnement institutionnel du pays, dans un contexte où les réformes politiques et administratives occupent une place centrale dans le débat national.
Le Parlement veut affirmer son rôle de contrôle
En clôturant les travaux, Michel Régis Onanga M. Ndiaye a insisté sur le rôle du Parlement dans l’amélioration des textes soumis par le gouvernement.
Pour lui, la mission des députés ne consiste pas à approuver automatiquement les projets de loi, mais à veiller à leur adaptation aux réalités nationales ainsi qu’aux engagements internationaux du Gabon.
Ce rejet du projet de loi sur le crédit et la microfinance envoie ainsi un signal politique fort : les élus entendent désormais peser davantage sur les grandes réformes économiques et réglementaires du pays.
Dans un environnement financier marqué par les enjeux d’inclusion bancaire, de protection des consommateurs et d’intégration régionale, le gouvernement devra désormais revoir sa copie avant de revenir devant les parlementaires.

