
Taxe R4 : FlyGabon suspend sa collecte et défie la nouvelle redevance aéroportuaire
Le transport aérien gabonais entre dans une période de fortes tensions. En cause, l’application de la redevance aéroportuaire « R4 », généralisée à l’ensemble des aéroports du pays par la Loi de finances rectificative 2026. Estimant que cette mesure pénalise lourdement les voyageurs et risque de fragiliser le transport aérien national, FlyGabon a décidé de suspendre la collecte de cette taxe en attendant l’ouverture de discussions avec les autorités.
Une redevance qui suscite la controverse
Au cœur des critiques figure le mode d’application de cette nouvelle taxe. Désormais, la R4 est prélevée sur des vols reliant des aéroports qui ne relèvent pourtant pas du périmètre de concession de l’aéroport international de Libreville, alors même que les recettes sont destinées à son concessionnaire.
Pour la compagnie nationale, cette logique rompt avec le principe même d’une redevance aéroportuaire, qui devrait être directement liée aux infrastructures, aux services et aux investissements effectivement utilisés par les passagers.
« Dans son principe, une redevance aéroportuaire devrait demeurer directement liée aux installations, aux services et aux investissements dont bénéficie celui qui l’acquitte », souligne FlyGabon.
Des coûts qui explosent pour les passagers
L’impact financier devient particulièrement important sur les vols comportant des correspondances. La taxe étant appliquée à chaque départ et à chaque arrivée, son montant s’accumule rapidement au fil du voyage.
Selon les estimations avancées par FlyGabon, un aller-retour entre Port-Gentil et Franceville, avec une correspondance à Libreville, pourrait entraîner huit perceptions de la R4. Avec une redevance de 6 560 FCFA par mouvement, le coût total atteindrait 52 480 FCFA pour un seul passager.
Le constat est similaire sur certaines dessertes régionales. Un voyage aller-retour entre Douala et Brazzaville, via Libreville, pourrait supporter une taxation cumulée de 131 192 FCFA, une charge qui, selon la compagnie, risque de réduire l’attractivité de Libreville comme plateforme régionale de correspondance.
FlyGabon privilégie le dialogue
Face à cette situation, la compagnie nationale affirme avoir choisi de suspendre temporairement la perception de la R4 afin de favoriser des échanges avec le Gouvernement.
Cette décision intervient également dans un contexte marqué par le rétablissement de la TVA sur les vols domestiques, une mesure qui alourdit déjà le coût du transport aérien pour les voyageurs.
« Cette décision est pleinement assumée par la compagnie et vise à protéger autant que possible le pouvoir d’achat des passagers. Elle ne traduit ni un refus de contribuer au financement des infrastructures ni une remise en cause de l’autorité de l’État. Elle exprime la responsabilité d’une compagnie nationale », indique la direction de FlyGabon.
Un enjeu stratégique pour le transport aérien
Au-delà de la question fiscale, ce bras de fer met en lumière les défis auxquels fait face le secteur aérien gabonais. Pour FlyGabon, l’augmentation des coûts pourrait freiner la mobilité des populations, affaiblir la rentabilité des lignes intérieures et régionales, tout en réduisant la compétitivité de Libreville comme hub de correspondance en Afrique centrale.
L’ouverture de concertations entre la compagnie et les pouvoirs publics apparaît désormais comme une étape décisive pour trouver un équilibre entre le financement des infrastructures aéroportuaires et la préservation de l’accessibilité du transport aérien. L’issue de ces discussions pourrait avoir des conséquences majeures sur l’avenir du secteur et sur le pouvoir d’achat des voyageurs gabonais.

