
ARRÊTONS LES VIOLENCES
Pour la mise en place d’un Grenelle des violences conjugales au Gabon
Les violences conjugales ne doivent plus être considérées comme une affaire privée. Elles constituent une question de société, de protection, de justice, de santé publique et de droits humains.
Le Gabon dispose déjà d’un cadre juridique important. La loi n°006/2021 portant élimination des violences faites aux femmes prévoit des mesures de protection, de prévention et de poursuite des violences, notamment celles qui surviennent dans le milieu familial.
Le pays dispose également de dispositifs d’accompagnement. Le numéro vert gratuit et anonyme 1404 a notamment été mis en place pour l’écoute et l’accompagnement des victimes de violences basées sur le genre.
Mais une loi et des dispositifs ne suffisent pas. Il faut désormais renforcer leur application, améliorer la prise en charge des victimes et agir davantage sur la prévention.
C’est pourquoi une proposition mérite d’être portée au débat national : la mise en place d’un Grenelle des violences conjugales au Gabon.
L’objectif serait de réunir pendant plusieurs mois les pouvoirs publics, les magistrats, les forces de défense et de sécurité, les professionnels de santé, les travailleurs sociaux, les associations, les psychologues, les avocats, les entreprises, les médias, les leaders communautaires et religieux, ainsi que les survivantes de violences.
Il ne s’agirait pas simplement d’organiser des assises.
Le Grenelle devrait déboucher sur un véritable plan national d’action, avec des mesures précises, un calendrier, un budget et des indicateurs permettant d’évaluer les résultats.
Placer les victimes au centre de la politique publique
La première priorité doit être de garantir à chaque victime un parcours d’accompagnement clair, accessible et sécurisé.
Une femme victime de violences devrait pouvoir bénéficier rapidement d’une prise en charge médicale, psychologique, sociale et juridique.
Il faut également renforcer les possibilités d’hébergement d’urgence pour les femmes et leurs enfants lorsque le maintien au domicile représente un danger.
Le Gabon dispose déjà de centres de protection et de promotion sociale pour les femmes victimes de violences. En 2025, le ministère de la Femme avait notamment présenté le fonctionnement du centre de Nzeng-Ayong, qui propose des espaces d’accueil et d’écoute ainsi que des dispositifs de prise en charge médicale, psychologique et sociale.
L’enjeu est maintenant de renforcer ce dispositif et de permettre son déploiement dans plusieurs provinces.
Créer un Fonds national de lutte contre les violences
Une politique publique ne peut être efficace sans ressources financières suffisantes.
Il pourrait être créé un Fonds national de lutte contre les violences faites aux femmes et les violences conjugales.
Ce fonds pourrait financer les centres d’accueil, la prise en charge médicale et psychologique, l’assistance juridique, les campagnes de prévention, la formation des professionnels, les associations spécialisées et les programmes d’autonomisation économique des survivantes.
Une enveloppe indicative de 5 milliards de FCFA par an pourrait être proposée pour lancer un programme national structuré.
Sur cinq ans, cela représenterait 25 milliards de FCFA.
Cette enveloppe devrait naturellement faire l’objet d’une étude budgétaire détaillée et être inscrite dans une programmation pluriannuelle.
Proposition de répartition budgétaire
Centres d’accueil et hébergement : 1,5 milliard FCFA
Prise en charge médicale et psychologique : 800 millions FCFA
Assistance juridique et accès à la justice : 400 millions FCFA
Prévention et campagnes nationales : 500 millions FCFA
Formation des professionnels : 300 millions FCFA
Autonomisation économique des survivantes : 700 millions FCFA
Soutien aux associations spécialisées : 300 millions FCFA
Système national de données et d’évaluation : 200 millions FCFA
Coordination et fonctionnement du programme : 300 millions FCFA
Total proposé : 5 milliards FCFA par an.
Développer des centres de protection dans les provinces
La protection ne doit pas être concentrée uniquement à Libreville.
Le programme pourrait prévoir la création ou le renforcement de centres de prise en charge dans les principales provinces.
Ces structures devraient fonctionner selon un principe simple : permettre à une victime d’accéder, au même endroit ou à travers un parcours coordonné, à l’écoute, à la protection, aux soins, à l’assistance juridique, à l’hébergement et à l’accompagnement vers l’autonomie.
L’objectif serait également d’éviter à une victime de devoir raconter plusieurs fois son histoire à différents services.
Renforcer le numéro d’urgence 1404
Le numéro 1404 pourrait devenir l’un des piliers du dispositif national.
Il devrait être largement connu du public, accessible gratuitement et renforcé afin d’assurer une écoute et une orientation efficaces.
Il pourrait également être associé à une plateforme numérique permettant d’identifier rapidement le centre de prise en charge le plus proche.
Former les professionnels
Une victime peut se tourner en premier lieu vers la police, la gendarmerie, un médecin, un infirmier, un enseignant, un travailleur social, un avocat, un proche ou une association.
Tous ces acteurs doivent être capables de reconnaître les différentes formes de violences et de connaître les procédures d’orientation et de protection.
La formation doit donc concerner l’ensemble de la chaîne de prise en charge.
Le Gabon mène déjà des actions de renforcement des capacités des professionnels intervenant dans la lutte contre les violences et la protection des victimes. Le Grenelle pourrait permettre de structurer ces efforts autour d’un référentiel national commun.
Prévenir dès l’adolescence
La lutte contre les violences conjugales ne doit pas commencer lorsque la violence est déjà installée.
Elle doit commencer beaucoup plus tôt.
Dans les collèges et lycées, il faudrait développer des programmes d’éducation au respect, à l’égalité entre les filles et les garçons, à la prévention du harcèlement, aux violences numériques, au consentement et à la gestion saine des relations.
L’objectif est d’apprendre aux jeunes à reconnaître les comportements violents et à comprendre qu’aucune forme de violence ne peut être considérée comme normale dans une relation.
Renforcer l’autonomie économique des survivantes
L’une des raisons qui peuvent empêcher une femme de quitter une relation violente est sa dépendance économique.
La protection doit donc être accompagnée d’un véritable parcours d’autonomisation.
Formation professionnelle, accompagnement à l’emploi, soutien à la création d’activités, accès au financement et accompagnement entrepreneurial pourraient faire partie intégrante du programme.
L’autonomie économique ne doit pas être considérée comme une mesure secondaire. Elle peut constituer une condition essentielle pour permettre à une survivante de reconstruire sa vie.
Mobiliser les hommes
La lutte contre les violences conjugales ne peut pas être uniquement une affaire de femmes.
Les hommes doivent être pleinement associés à la prévention.
Il faut développer des programmes de sensibilisation sur la gestion des conflits, la responsabilité dans le couple, la paternité, le respect, la maîtrise de la violence et les conséquences des violences sur les femmes et les enfants.
La société doit également déconstruire l’idée selon laquelle la violence serait une manifestation de force ou d’autorité.
Une grande campagne nationale
Le Grenelle pourrait être accompagné d’une campagne nationale intitulée « Arrêtons les violences ».
Cette campagne pourrait être déployée à la télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux, dans les établissements scolaires, les entreprises, les lieux de culte et les communautés.
Le message doit être simple : les violences conjugales ne sont pas une affaire privée.
Il faut également encourager l’entourage à ne plus fermer les yeux.
Voisins, familles, amis, collègues et communautés peuvent jouer un rôle déterminant dans la détection et le signalement des situations à risque.
Mesurer les résultats
Le futur plan national devrait être accompagné d’un tableau de bord public.
Chaque année, il pourrait présenter le nombre de signalements, de victimes prises en charge, de plaintes enregistrées, de personnes hébergées, de professionnels formés, de bénéficiaires d’un accompagnement économique et de campagnes de prévention réalisées.
Il faudrait également mesurer les ressources financières consacrées au programme et les résultats obtenus dans chaque province.
Cette transparence permettrait de savoir ce qui fonctionne et ce qui doit être amélioré.
Faire du Grenelle un engagement national
Le Gabon a déjà posé plusieurs bases importantes dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Le cadre juridique existe, le numéro 1404 existe et des structures d’accueil et de protection fonctionnent déjà.
Le défi consiste désormais à renforcer, coordonner et financer durablement ces dispositifs.
Le Grenelle des violences conjugales pourrait être le point de départ d’un engagement national renouvelé.
Un moment pour écouter les victimes.
Un moment pour entendre les professionnels.
Un moment pour identifier les failles du système.
Un moment pour définir les responsabilités.
Un moment pour mobiliser les moyens nécessaires.
Surtout, un moment pour passer des engagements aux résultats.
Une femme ne devrait jamais avoir à choisir entre rester dans la violence et se retrouver sans ressources.
Un enfant ne devrait jamais grandir en pensant que la violence est normale dans un couple.
Lutter contre les violences conjugales, c’est protéger les femmes, protéger les enfants et construire une société plus juste et plus sûre.
Arrêtons les violences.

