Dépigmentation au mercure : malgré les interdictions, le poison continue d’inonder le marché gabonais

Dépigmentation au mercure : malgré les interdictions, le poison continue d’inonder le marché gabonais

Interdits, dangereux pour la santé et pourtant toujours accessibles. Les produits éclaircissants contenant du mercure continuent de circuler sur les marchés gabonais malgré les campagnes de sensibilisation et les mesures réglementaires mises en place ces dernières années.

C’est l’un des constats préoccupants dressés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans son rapport annuel 2025 sur le Gabon. Une situation qui soulève des interrogations sur l’efficacité des contrôles et sur la capacité des autorités à éradiquer durablement ce phénomène devenu un véritable enjeu de santé publique.

Des produits interdits… mais toujours présents sur les étals

Alors que le Gabon a multiplié les engagements nationaux et internationaux en matière de protection sanitaire et environnementale, la réalité observée sur le terrain demeure alarmante.

Selon l’OMS, les produits cosmétiques destinés à la dépigmentation contenant du mercure restent largement disponibles dans plusieurs circuits commerciaux du pays, malgré leur interdiction officielle.

Pourtant, des actions de sensibilisation ont été menées à travers plusieurs provinces. Plus de 750 personnes ont été informées des dangers liés à l’utilisation du mercure, notamment des commerçants, étudiants, responsables administratifs, élus locaux et autorités déconcentrées.

Ces campagnes avaient pour objectif de rappeler la réglementation encadrant la fabrication, l’importation, la vente et l’utilisation de ces produits dangereux.

Des analyses qui confirment la présence de mercure

Le rapport de l’OMS révèle également que plusieurs produits éclaircissants vendus dans les principales villes du pays ont été soumis à des analyses.

Les résultats sont sans équivoque : deux produits testés contenaient effectivement du mercure, confirmant ainsi que ce commerce se poursuit malgré les interdictions.

Face à ces découvertes, l’Agence nationale des médicaments et des autres produits de santé a publié une liste officielle de produits interdits afin d’alerter les consommateurs et les commerçants.

Mais dans la pratique, plusieurs de ces produits continuent d’être proposés dans des marchés, boutiques et réseaux informels de distribution.

Un danger sanitaire souvent sous-estimé

Les spécialistes de la santé rappellent que le mercure est l’une des substances chimiques les plus toxiques pour l’organisme humain.

Une utilisation répétée de produits contenant cette substance peut provoquer :

  • des lésions cutanées sévères ;
  • des troubles neurologiques ;
  • des atteintes rénales ;
  • des perturbations du système nerveux ;
  • ainsi que diverses complications pouvant avoir des conséquences irréversibles.

Au-delà de l’impact sur la santé humaine, le mercure représente également une menace environnementale importante lorsqu’il contamine les sols, les cours d’eau et les écosystèmes.

Entre engagements internationaux et difficultés d’application

Cette situation est d’autant plus préoccupante que le Gabon figure parmi les États signataires de la Convention de Minamata sur le mercure, principal traité international visant à réduire les risques liés à cette substance.

Le pays participe régulièrement aux initiatives internationales de protection de la santé et de l’environnement. Pourtant, la persistance de ces produits sur le marché montre que l’application des mesures reste un défi majeur.

Pour de nombreux observateurs, le problème ne réside plus dans l’existence des textes réglementaires, mais dans leur mise en œuvre effective.

Parmi les solutions régulièrement évoquées figurent :

✅ le renforcement des contrôles aux frontières ;

✅ des inspections plus fréquentes des points de vente ;

✅ des sanctions dissuasives contre les contrevenants ;

✅ des campagnes de sensibilisation plus ciblées auprès des consommateurs.

Une urgence de santé publique

Au-delà de la question esthétique, la lutte contre la dépigmentation au mercure est devenue un enjeu majeur de santé publique.

Pour l’OMS, seule une stratégie combinant prévention, éducation, contrôle et répression permettra de réduire durablement la circulation de ces produits dangereux.

Sans une mobilisation plus forte des autorités et des acteurs concernés, les interdictions risquent de rester symboliques alors que de nombreux consommateurs continuent de s’exposer à des risques sanitaires importants.

Le constat est clair : au Gabon, le mercure est officiellement interdit, mais il n’a pas encore disparu des étals.

CATEGORIES
Share This

COMMENTS

Wordpress (0)
Disqus (0 )