
Emplois dans la couture : Flavienne Adiahenot interpelle le gouvernement sur les conditions réelles de réussite
La récente déclaration de la ministre évoquant la possibilité de créer entre 10 000 et 20 000 emplois dans le secteur de la couture continue de susciter des réactions. Parmi les voix qui se sont exprimées sur le sujet, celle de Flavienne Adiahenot retient particulièrement l’attention par son approche axée sur les réalités économiques et structurelles du secteur.
Pour l’analyste, l’annonce a le mérite de replacer l’artisanat au cœur du débat public, un domaine souvent présenté comme un important gisement d’emplois mais qui demeure confronté à de nombreux défis. Toutefois, elle estime qu’une telle projection mérite d’être accompagnée d’explications précises sur les hypothèses qui la sous-tendent.
« Sur quelles bases économiques, industrielles et formatives repose cette estimation ? », s’interroge-t-elle. Selon elle, la création massive d’emplois dans la couture ne peut être envisagée sans la mise en place simultanée de plusieurs conditions essentielles.
Parmi celles-ci figurent notamment le renforcement de la formation professionnelle, le développement d’un réseau d’ateliers et de petites entreprises viables, un accès facilité au financement pour les artisans, ainsi qu’une chaîne d’approvisionnement performante en matières premières. À cela s’ajoute la nécessité de disposer d’un marché structuré capable d’absorber durablement la production locale.
Pour Flavienne Adiahenot, la question fondamentale n’est pas tant celle du potentiel du secteur que celle des moyens concrets mobilisés pour le transformer en résultats tangibles. Elle s’interroge notamment sur le calendrier de mise en œuvre des dispositifs susceptibles de soutenir une telle montée en puissance de l’industrie artisanale.
Au-delà de la seule couture, cette réflexion met en lumière les difficultés persistantes auxquelles fait face l’artisanat dans son ensemble. Malgré son rôle reconnu dans l’insertion professionnelle des jeunes et des femmes, le secteur souffre encore d’un faible niveau de formalisation, d’un accès limité au crédit, d’un manque de données statistiques fiables et d’une insuffisance d’infrastructures de formation spécialisées.
L’intervenante estime également que cette problématique soulève un enjeu institutionnel plus large. Selon elle, l’artisanat, tout comme la culture, mérite une attention stratégique spécifique au regard de sa contribution potentielle au développement économique et social du pays.
Dans cette perspective, elle plaide pour l’élaboration d’une véritable politique nationale de développement de l’artisanat. Une politique qui irait au-delà des actions ponctuelles de promotion de la tenue africaine ou de stimulation de la demande, et qui s’appuierait sur quatre piliers majeurs : la formation, la structuration des filières, l’accès au financement et la valorisation des savoir-faire locaux.
Pour Flavienne Adiahenot, c’est à cette condition que les ambitions affichées en matière de création d’emplois pourront être perçues comme l’aboutissement d’une stratégie publique cohérente, plutôt que comme de simples objectifs déclaratifs.

